Vers des verdicts lourds, sans surprise
Par Varoujan MARDIKIAN
Le dénouement des procès truqués des prisonniers arméniens est proche. Au-delà des sentences prononcées, quels leviers pourraient être actionnés pour obtenir la libération de ces otages du régime azerbaïdjanais ?
C’est la dernière ligne droite au tribunal de Bakou. Après les réquisitions des procureurs – réclusion à perpétuité pour Arayik Haroutiounian, Lévon Mnatsakanian, Davit Manoukian, Davit Ichkhanian et Davit Babayan, peine de 20 ans contre Arkady Ghoukassian et Bako Sahakian, entre 16 et 20 ans contre les autres prisonniers (1) –, les avocats commis d’office pour « défendre » ces otages ont effectué leurs plaidoiries. L’acquittement a été réclamé pour l’ancien président de l’Artsakh Arkady Ghoukassian, présenté comme “ membre d’aucun groupe criminel ”, l’ancien ministre des Affaires étrangères Davit Babayan, qui “ s’est rendu volontairement ” aux autorités de Bakou, l’ancien commandant en chef adjoint de l’armée Davit Manoukian, un militaire ayant agi “ dans le cadre du règlement et de la discipline militaire ”, ainsi que pour trois autres militaires, Gourguen Stépanian, Vassili Beglarian et Rafik Madatian.
Ces pseudo-défenses ne dupent personne. Mû par des considérations tactiques, le pouvoir azerbaïdjanais sort un stratagème de son chapeau pour créer l’illusion d’un procès équitable. En réalité, il ne subsiste aucun suspense : la plupart des prisonniers seront condamnés à la perpétuité et les autres à des peines avoisinant les 20 ans. Comment pourrait-il en être autrement, au regard de toutes les irrégularités, manœuvres et accusations fabriquées de toutes pièces – maintes fois détaillées dans ces colonnes – qui ont émaillé le déroulement des procès, ainsi que des tortures et mauvais traitements infligés aux prisonniers durant leur détention !
Pour autant, la mobilisation en faveur de la libération des otages arméniens du régime de Bakou ne faiblit pas. En France, le groupe d’amitié France-Arménie à l’Assemblée nationale, présidé par Laurent Wauquiez, a manifesté sa volonté d’interpeller le gouvernement français sur cette question, de nombreux élus ont dénoncé cette mascarade judiciaire et réclamé l’envoi d’obervateurs internationaux, et 33 parlementaires membres du Cercle d’amitié France-Artsakh ont appelé la communauté internationale à œuvrer pour la libération des prisonniers arméniens.
On relèvera également le vœu présenté au Conseil de Paris par Rachida Dati, qui demande “ la protection et la libération immédiate des prisonniers politiques arméniens ” détenus en Azerbaïdjan… après avoir étalé au grand jour, sans vergogne, ses accointances avec le régime d’Aliev ! A trois mois des élections municipales en France, la candidate à la mairie de Paris se livre à une vulgaire manœuvre électoraliste. Irait-elle jusqu’à prêcher la bonne cause, à Bakou, en demandant à rencontrer les otages ? Histoire de faire mine de restaurer un semblant de crédibilité…
En France comme à l’étranger, de nombreuses ONG de défense des droits de l’Homme maintiennent cette question sur le devant de la scène. Sur le plan politique, le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères s’est insurgé le 9 décembre contre l’emploi par l’Union européenne (UE) du mot “ prisonniers ” dans le document détaillant l’accord sur l’Agenda stratégique pour le partenariat UE-Arménie (2), signé quelques jours auparavant à Bruxelles. Pour la diplomatie azerbaïdjanaise, faire de leur libération une priorité “ constitue une grave distorsion de la réalité et est inacceptable ”.
A Erévan, le discours se décoince
A ce stade, tous les regards sont tournés vers l’Arménie. Accusés d’inaction, de toutes parts, sur la question des prisonniers, les dirigeants arméniens ont servi longtemps la même antienne : nous ne cessons d’œuvrer en coulisses sans nous répandre en déclarations publiques, pour ne pas nuire au sort des prisonniers.
Depuis quelques semaines, toutefois, leur attitude semble avoir quelque peu évolué. Le 20 novembre, le Premier ministre Nikol Pachinian révélait s’être entretenu trois jours auparavant avec la sous-secrétaire d’Etat américaine Allison Hooker, en visite à Erévan pour examiner les modalités pratiques liées au fonctionnement de la Route Trump. “ Durant cette rencontre, a-t-il souligné, j’ai spécifiquement abordé ce sujet [des prisonniers arméniens], en rappelant que le président Trump s’était engagé, y compris publiquement, à régler cette question. J’ai présenté nos actions menées sur cette question au niveau bilatéral et j’ai demandé à la sous-secrétaire d’Etat américaine de fournir des informations sur les efforts déployés par les Etats-Unis en ce sens. Je lui ai également demandé de maintenir cette question sous le feu des projecteurs. ” Rien, en revanche, n’a filtré sur la réaction d’Allison Hooker.
En visite le 9 décembre en Allemagne, Nikol Pachinian a répondu à la question d’un participant à une table ronde : “ C’est une question délicate. Nous sommes convaincus qu’elle sera plus facile à aborder dans un climat de coopération et de paix que dans un climat de conflit. Mais à mesure que nous progressons vers une paix durable, il devient de plus en plus réaliste d’envisager une résolution progressive de ce problème. Instaurer la paix, c’est aussi résoudre d’autres problèmes. C’est notre vision. ”
Le flot des critiques qui se sont abattues sur les dirigeants arméniens a-t-il fini par infléchir leur attitude ? A moins que les suites du sommet de Washington (en particulier la décision d’Ilham Aliev de lever l’embargo sur le transit de marchandises vers l’Arménie) aient donné à Erévan des raisons d’espérer que le sort des prisonniers ne soit pas définitivement scellé, au-delà des verdicts rendus par le tribunal. Les propos tenus par Nikol Pachinian en Allemagne le laissent croire.
L’engagement pris par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le 8 août à Washington, d’abandonner les recours auprès des tribunaux internationaux excluant toute perspective de règlement juridique, le sort des prisonniers risque fort de dépendre de l’évolution du processus de paix. Or, le mener jusqu’à son terme présuppose une situation politique intérieure suffisamment stable dans les deux pays. Si la question ne se pose pas en Azerbaïdjan, il n’en va pas de même en Arménie, où l’administration Pachinian déploie tout son arsenal répressif pour museler une contestation grandissante, à l’approche des législatives de juin 2026.
Une libération des prisonniers avant cette échéance serait pain béni pour Nikol Pachinian, dans l’optique de sa réélection. Ilham Aliev, lui, a tout intérêt à contribuer au maintien en poste de celui qui a accédé jusqu’à présent à toutes ses exigences. Le président azerbaïdjanais consentirait-il à grâcier les prisonniers pour aider son « partenaire » du processus de paix à rempiler ? L’hypothèse ne pourrait éventuellement prendre corps qu’au prix d’une nouvelle concession d’Erévan, à savoir l’adoption d’une nouvelle Constitution, programmée dans la foulée des législatives.
Et si Ilham Aliev rejetait catégoriquement toute idée d’amnistie ? La Russie, pour l’heure, demeure mutique sur cette affaire. L’UE se contente de rappels de principe. Mais surtout, nul ne sait si Donald Trump compte remplir son engagement pris le 8 août à Washington, devant Nikol Pachinian, d’intercéder auprès du président azerbaïdjanais sur cette question des prisonniers. Enverrait-il son émissaire Steve Witkoff – déjà mandaté sur les crises ukrainienne et moyen-orientale – jouer les Monsieur bons offices entre Erévan et Bakou pour régler ce dossier ?
Problème : le locataire de la Maison-Blanche a envoyé un bien mauvais signal, le 3 décembre, en grâciant le Représentant démocrate du Texas Henry Cuellar, qui avait été inculpé en 2024 pour avoir accepté environ 600 000 dollars de pots-de-vin de l’Azerbaïdjan en échange de la promotion des intérêts de Bakou au Congrès américain, au détriment des droits des Arméniens.
S’engager auprès des Arméniens en août, les trahir et les humilier en décembre. Signé Trump !
(1) Les auditions des “ témoins ” se poursuivent dans le procès de Rouben Vardanyan, jugé séparément des sept autres anciens dirigeants de la République d’Artsakh.
(2) Lequel vise à consolider l’Accord de partenariat global et renforcé signé entre Bruxelles et Erévan en 2017.

par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.

En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.

Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։





