Siranush Sahakian : “ Punir le Karabagh en condamnant ses dirigeants à la perpétuité ”

Par Vahé TER MINASSIAN - Envoyé spécial à Erevan

 Ancienne juge ad hoc auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) à Strasbourg, l’avocate Siranouch Sahakyan, dirige à Erevan le Centre de droit international et comparé (I.C. Law). Elle assure la défense de plusieurs des 23 prisonniers arméniens officiellement détenus par l’Azerbaïdjan parmi lesquels Lyudvig Mkrtchyan et Ruben Vartanyan.

France Arménie : Où en sont les procès des prisonniers arméniens détenus à Bakou ?
Siranouch Sahakyan : Presque sur la fin. Les avocats commis d’office ont commencé leurs plaidoiries. On en arrivera bientôt à l’étape des délibérations. Je pense que les deux procès en cours seront terminés d’ici la fin de l’année 2025. Je n’ai aucun doute sur leurs résultats. Les procureurs ont réclamé la perpétuité contre Arayik Harutunyan et David Babayan. Vingt ans de prison contre Bako Sahakian et Arkady Ghougassian. Et des peines allant de 16 à 19 ans de prison pour les autres.

A l’issue des condamnations quels seront les recours ?
Dans un pays comme l’Azerbaïdjan, saisir la Cour d’appel et la Cour de cassation n’a aucun sens. A mon avis, le cas de ces prisonniers devrait être porté directement devant une juridiction internationale comme la CEDH (Cour européenne des droits de l’Homme).

Comment est organisée la défense des 23 prisonniers arméniens ?
Mon cabinet représente l’un des détenus devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Le cas des 22 autres est traité dans le cadre des plaintes déposées par l’Etat arménien contre l’Azerbaïdjan devant la Cour internationale de Justice (CIJ) et la CEDH. A cela s’ajoutent les affaires concernant les 210 anciens prisonniers arméniens d’Azerbaïdjan. Ces derniers sont défendus pour moitié par mon équipe et pour moitié par le gouvernement arménien.
Toutes ces procédures sont en attente de jugement. Malheureusement, comme vous le savez, l’article 15 du projet de traité de Paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan prévoit un retrait de toutes les plaintes déposées par Erevan devant les juridictions internationales. C’est très grave et totalement inacceptable. Si cela arrive, des dizaines de milliers d’habitants du Karabagh vont se retrouver privés de recours.

Qui sont les prisonniers ?
On peut distinguer deux groupes. Le premier est constitué de cinq personnes capturées en 2020 dont les procès se sont terminés par des condamnations à 15 ou 20 ans de prison. Deux d’entre eux, Lyudvig Mkrtchyan (que je représente) et Aliocha Khosrovian, étaient des engagés volontaires, et deux autres, Kévork Susyan et Davit Davtyan, des civils, interpellés après la signature du cessez-le-feu alors qu’ils acheminaient de l’aide humanitaire à Stépanakert. A cela s’ajoute le cas de Vicken Euljekjian, un citoyen arméno-libanais que Bakou essaie de présenter comme un mercenaire étranger mais dont le seul tort a été d’être allé récupérer des effets personnels à Chouchi alors que la ville était passée sous le contrôle des forces azerbaïdjanaises. Pourquoi ces gens n’ont-ils pas été libérés quand d’autres l’ont été dans le cadre des échanges de prisonniers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ? Je pense qu’il faut invoquer des raisons politiques. En s’en prenant à Alyosha Khosrovian et à Lyudvig Mkrtchyan, des anciens combattants de la première guerre du Karabagh (1992-1994), Bakou cherche à humilier les forces armées arméniennes. Les manipulations autour du cas de Vicken Euljekjian visent à contrer les accusations d’emploi de mercenaires syriens par le gouvernement azerbaïdjanais. Quant à Kévork Susyan et Davit Davtyan, il semble qu’ils aient multiplié les critiques à l’encontre de Mehriban Aliyeva, l’épouse du président Aliev sur les réseaux sociaux. Pour éviter de les renvoyer en Arménie, les autorités azerbaïdjanaises leur ont retiré le statut de prisonniers de guerre et les ont poursuivis pour des crimes internationaux inventés de toutes pièces. Ces jeunes gens sont victimes de la vengeance des hauts dignitaires du régime.

Et le second groupe ?
Il réunit les 18 personnes arrêtées en 2023. Parmi elles, deux furent capturées pendant le blocus de l’Artsakh et condamnées pour avoir prétendument participé à des massacres de civils au cours de la première guerre du Karabagh de 1992-1994. Il s’agit de Vagif Khatchadrian, un malade interpellé le 29 juillet dans le couloir de Latchine alors qu’il était sous la protection du CICR. Et de Rashid Beglaryan, un habitant d’un village enclavé qui avait franchi par mégarde les lignes azerbaïdjanaises.
Les seize autres personnes dont les procès sont sur le point de s’achever à Bakou ont été interpellées après l’attaque du 19 septembre 2023 lancée par les forces azerbaïdjanaises contre l’Artsakh. Huit sont de simples citoyens qui ont participé, comme volontaires, aux opérations d’autodéfense du territoire (1). Et les huit autres sont d’anciens dirigeants de la République du Karabagh. Il s’agit des trois ex-chefs de l’Etat Arayik Harutunyan (2020-2023), Bako Sahakian (2007-2020) et Arkady Ghoukasian (1997-2007), du président du Parlement Davit Iskhanian (août-octobre 2023), des ex-ministre des Affaires étrangères et chef du gouvernement David Babayan (2021-2023) et Ruben Vartanyan (novembre 2022-février 2023) ainsi que des anciens commandant et vice-commandant de l’armée d’autodéfense de l’Artsakh, Lévon Mnatsakanyan et Davit Manukian.
Tous font face aux mêmes chefs d’accusation mais Ruben Vartanyan fait l’objet d’une procédure judiciaire séparée. On n’en voit pas bien la raison sinon qu’il est le seul des seize à avoir fait appel à un avocat privé. Ces procès se déroulent à huis clos devant des tribunaux militaires. Et à part les représentants des médias d’Etat azerbaïdjanais personne ne peut y assister. Le premier défenseur de Ruben Vartanyan a été le seul à fournir des informations. Du moins au début, puisqu’il a depuis été remplacé par un autre avocat, puis encore un autre qui vient d'être limogé.

Pourquoi le gouvernement azerbaïdjanais fait-il de la publicité autour de ces procès ? Quel est l’objectif de cette mise en scène ?

Il s’agit de présenter l’exercice du droit à l’autodétermination de l’Artsakh comme un acte illégal. En jugeant les anciens dirigeants, Bakou souhaite accréditer la thèse selon laquelle la république du Karabagh avec ses 150 000 habitants et son armée était une entité terroriste. Ce qui est une aberration. Le Conseil de sécurité de l’ONU dispose des moyens de sanctionner des actes d’autodétermination, contraires au droit international. Il a, par exemple, considéré en 1983 que la déclaration d’indépendance de Chypre du Nord violait l’intégrité territoriale de la république de Chypre et appelé la communauté internationale à ne pas reconnaître cet Etat. Malgré quatre résolutions des Nations unies le concernant, le Karabagh n’a jamais fait l’objet d’une telle procédure. Pourquoi ? Parce que sa constitution sous forme d’un Etat indépendant n’était pas illégale. Si vraiment le Karabagh était un repaire de “ terroristes ” comme l’affirme Bakou, comment expliquer que les médiateurs du groupe de Minsk de l’OSCE aient discuté pendant trois décennies avec ses représentants, c’est-à-dire précisément les personnes incarcérées à Bakou ? Pourquoi les Etats-Unis ont-ils fourni, via l’organisme USAID, une aide financière à ce territoire ? Comment se fait-il que le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) ait, durant trente ans, maintenu une antenne à Stépanakert ? 

La déclaration d’indépendance du Karabagh a précédé celle de l’Azerbaïdjan. Mais même à supposer qu’elle ait violé des lois azerbaïdjanaises, les tribunaux de Bakou ne seraient pas pour autant compétents pour juger ces individus. J’en veux pour preuve l’exemple en 2017 du référendum d’indépendance de la Catalogne dont les organisateurs qui ont fui à l’étranger n’ont pas été renvoyés en Espagne, au motif que la Justice de ce pays n’était pas perçue comme objective dans cette affaire. Et il s’agit de l’Espagne ! Pas d’un Etat aussi arriéré en matière de droit que l’Azerbaïdjan dont le système judiciaire, entièrement au service de l’administration présidentielle, est utilisé comme un instrument de répression contre les journalistes ou les défenseurs de droits de l’Homme. 

Toutes les règles ont été violées. Comment peut-on poursuivre des gens pour avoir pris part à des opérations d’autodéfense conformément aux lois qui étaient alors en vigueur dans leur pays ? Pourquoi des civils comme Ruben Vartanyan sont-ils jugés par des tribunaux militaires ? Qu’en est-il des droits de la défense ? Mes compétences sont reconnues par la Cour européenne des droits de l’Homme et pourtant, malgré plusieurs tentatives, je n’ai jamais pu rencontrer mon client afin de lui apporter l’assistance juridique à laquelle il a droit. Et je ne suis pas la seule. Un avocat français a tenté la même démarche sans succès. Ainsi que Jared Genser, le défenseur américain de Ruben Vartanyan. Certes, en Azerbaïdjan, des avocats commis d’office sont officiellement chargés de la défense de nos otages. Sauf qu’ils n’ont aucune indépendance et travaillent pour le parquet : leurs demandes de libération sont de la poudre aux yeux !

Ces procès sont des farces judiciaires. Des informations, arrachées sous la torture, sont présentées aux audiences et des témoins qui n’ont jamais rencontré les prévenus défilent à la barre pour raconter n’importe quoi. Ruben Vartanyan s’est retrouvé accusé d’avoir participé à des opérations militaires au Karabagh dans les années 1980-1990, à un moment où il vivait en Russie ! Je n’ai aucun doute sur les condamnations qui seront prononcées par la Cour. Les anciens dirigeants obtiendront des peines de perpétuité car l’objectif est de punir l’Artsakh pour avoir exercé son droit à l’autodétermination et de mettre en cause l’Arménie pour sa pseudo-occupation d’un territoire azerbaïdjanais.


Le CICR qui visitait régulièrement les prisonniers à Bakou a annoncé son départ d’Azerbaïdjan... 

Le CICR a officiellement quitté l’Azerbaïdjan en septembre dernier. Mais sa dernière visite aux détenus remonte au mois de juin 2025. Depuis cette date, plus aucun représentant d’une organisation indépendante, qu’il s’agisse d’un avocat ou d’un médecin, n’a pu rencontrer les prisonniers. Ces derniers sont maintenus à l’isolement : les condamnés dans la prison de haute-sécurité de Gobustan, les autres dans les locaux du Service national de sécurité (NSS) d’Azerbaïdjan à Bakou. Les seuls renseignements dont nous disposons proviennent des coups de téléphone reçus par les familles, une fois par mois ou tous les deux mois pour les condamnés, une fois par semaine pour les autres. Ces appels sont très brefs et surveillés. Mais selon le ton et l’humeur, les proches parviennent à évaluer sur la situation psychologique ou l’état de santé de ces personnes. Nous avons appris que Vicken Eukjekian recevait très peu de nourriture, même pas des pommes de terre, et qu’il avait des problèmes d’habillement. Une autre fois, nous avons découvert qu’un des condamnés avait l’intention de se suicider. 

Les autorités de Bakou déclarent que la Défenseure des droits de la république d’Azerbaïdjan rencontre régulièrement ces prisonniers. Mais celle-ci n’a aucune crédibilité. Son époux est un haut dirigeant azerbaïdjanais et elle est très mal classée par les organismes internationaux chargés d’évaluer le niveau d’impartialité des personnalités nommées à ces postes. Et il y a bien d’autres anomalies. Plusieurs des prisonniers sont des citoyens arméniens qui auraient dû recevoir la visite des services consulaires de leur pays. Or, ce n’est pas le cas. Ce qui constitue une violation des conventions internationales, même si l’Arménie qui aurait pu se faire représenter par un Etat tiers a aussi sa part de responsabilité.

Le seul élément positif dont nous disposons est que nous avons récemment découvert par une déclaration du Département américain que des employés de l’ambassade des Etats-Unis assistaient aux procès “ lorsque cela est possible ”. Cela nous a permis de comprendre que la présence de diplomates à certaines audiences n’était pas exclue. Et de demander à plusieurs pays dont la France d’effectuer la démarche. Mais nous n’avons aucune illusion. La torture est une pratique courante en Azerbaïdjan. Les témoignages des anciens détenus arméniens font tous état de passages à tabac et d’humiliations répétées. Il faut rappeler que plus de 80 personnes dont nous disposons d’une preuve de vie sont toujours portées disparues au Karabagh. Il ne fait aucun doute que certaines d’entre elles ont été tuées à la suite des violences dont elles ont été victimes après leurs captures.


Avant son départ d’Azerbaïdjan, le CICR a annoncé qu’il négociait avec les autorités azerbaïdjanaises en vue de maintenir des visites. Qu’en est-il ? 

Le CICR demande à ce que ses autres bureaux dans la région ou des représentants de pays tiers soient autorisés à effectuer ces visites. Très bien qu’il négocie, nous n’avons rien à redire à cela. Mais quel est le résultat de ces négociations ? Nous sommes au mois de décembre 2025 et cela fait sept mois que ces prisonniers sont à l’isolement ! Il a pu leur arriver n’importe quoi au cours de cette période.


Exercer des pressions juridiques sur l’Azerbaïdjan pour obtenir la libération de ces prisonniers risque d’être difficile. La solution est-elle diplomatique ?

Je pense que le retour des prisonniers devrait être un préalable à toute signature d’un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Malheureusement, Bakou se sert de ces personnes comme d’un moyen de pression sur l’Arménie. Si Erevan satisfait ses exigences alors peut-être qu’il les libérera au compte-gouttes mais si Erevan résiste aux pressions, il les gardera. Et il ne restera plus que la voie juridique. 


Le 15 septembre 2025, les agences de presse azerbaïdjanaises ont annoncé l’arrestation à la suite d’un mystérieux échange de coups de feu avec la police, de Karen Avanesyan, l’un des rares Arméniens restés à Stépanakert...

Oui effectivement. Cette personne a été récemment déférée devant un tribunal de Gandja. Nous ne savons pas grand-chose sur les circonstances de son arrestation. Des confrères arméniens ont porté l’affaire devant la CEDH qui a demandé à avoir accès au dossier. Une procédure est en cours en vue d’obtenir des mesures de protection et un droit de mise en relation avec la famille. 

(1) David Allaverdyan, Lévon Balayan, Vassili Beglaryan, Garik Martrosyan, Melikset Pashayan, Gurgen Stépanyan, Erik Ghazaryan et Madat Babayan. 


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
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Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.