Entre soutien de Bruxelles et avertissement de Moscou

par Varoujan Mardikian

Les dirigeants arméniens, qui s’enfoncent dans une traque sans relâche des opposants, pourraient se retrouver pris entre deux feux à l’approche des élections.  

La chronique de la répression politique des opposants va s’enrichir jusqu’aux élections législatives de juin prochain. Arrestations, inculpations, maintiens en détention, tabassages : tout y passe pour garantir un résultat conforme aux espérances des autorités.
Le procès de l’archevêque Bagrat Galstanian et de ses 17 partisans, poursuivis pour tentative de coup d’Etat, a connu de nouveaux rebondissements. Lidya Mantachian, la seule femme parmi les accusés, a vu le 20 novembre sa détention prolongée de trois mois pour la deuxième fois. “ J’ai l’impression d’être la suspecte la plus dangereuse dans ce dossier criminel fabriqué de toutes pièces ”, a-t-elle déclaré au tribunal. Elle paie le fait, à ses yeux, d’avoir divulgué des “ informations compromettantes sur certains responsables ”. L’accusation repose sur des enregistrements audio de conversations téléphoniques entre Mgr Galstanian et ses associés, dont des extraits ont été rendus publics fin juin. Les avocats de la défense ont accusé les forces de l’ordre d’avoir falsifié ces enregistrements et d’en avoir déformé le contenu.

L’opposition et les organisations de défense des droits humains ont jugé cette décision du tribunal d’autant plus choquante qu’un traitement spécial semble avoir été réservé à Lidya Mantachian. Il est reproché aux autorités de “ persécuter une femme de manière ciblée et systématique ”, alors que les hommes libérés par le juge font face aux mêmes accusations. En outre, seule la sœur de Lidya Mantachian a été autorisée à lui rendre visite, deux fois par mois, alors que l’archevêque Bagrat Galstanian peut recevoir des proches presque quotidiennement. L’accusée s’attendait à son maintien en détention : “ On m’a avertie que le juge n’avait pas reçu l’autorisation de Nikol Pachinian et de son entourage pour me libérer. Je le savais il y a une semaine ”, a-t-elle indiqué.
Mais le mouvement de solidarité a finalement porté ses fruits. Le 27 novembre, le juge Farkhoyan a accédé à la demande de son avocate, Tatévik Soghoyan, de libérer sa cliente sous caution, tout en restreignant sa liberté de mouvement. “ Je suis certaine qu’une telle décision n’aurait pas été prise sans la forte réaction de l’opinion publique, a souligné l’avocate. C’est le résultat de la pression populaire, et non une victoire pour la justice. ”

Dans une autre affaire, le maire de Gumri, Vardan Ghoukassian, accusé de corruption et de faux en écriture, restera trois mois de plus en prison. Motif invoqué par le procureur : s’il était libéré, il entraverait l’enquête, influencerait les témoins et abuserait de son autorité. Les garanties apportées par les députés de l’opposition n’ont visiblement pas suffi. Vardan Ghoukassian nie les faits qui lui sont reprochés et se dit victime d’une persécution politique.

Le passage à tabac est une « méthode » vieille comme le monde pour intimider les opposants. L’ancien parlementaire Mihran Hakobian a été agressé le 8 décembre, devant un centre commercial d’Erévan, par des hommes masqués qui lui ont cassé le nez et asséné des coups à la tête – ce qui lui a valu plusieurs jours d’hospitalisation.
Député de l’ancien régime, membre du Parti républicain de Serge Sarkissian, Mihran Hakobian, qui s’est retiré de la vie politique active, utilise les réseaux sociaux pour combattre la politique du gouvernement. Sur Facebook, il avait tourné en ridicule l’appel lancé le week-end précédent par Nikol Pachinian aux prêtres et aux chorales des églises arméniennes à interpréter l’hymne national avant chaque office. Rouben Mélikian, l’avocat de Mihran Hakobian, a rappelé qu’en 2021, une grenade avait explosé sous la voiture de son client, garée devant son domicile. Personne n’avait été alors poursuivi en justice. Cette fois-ci, l’enquête a conduit à l’arrestation de cinq individus, le 12 décembre, par les forces de l’ordre, qui ont confirmé le caractère prémédité de l’attaque sans livrer toutefois d’informations sur l’identité des agresseurs ni sur leur mobile. Mais les cinq hommes ont été libérés durant le week-end, quelques heures seulement après leur arrestation ! “ Ils peuvent attaquer quelqu’un en plein jour, comme des hyènes, et rester impunis ”, a réagi Mihran Hakobian.

L’appareil répressif déploie ses tentacules tous azimuts. Le bureau de la Procureure générale a donné instruction d’engager des poursuites contre les individus publiant sur les réseaux sociaux des messages de haine ou d’incitation à la violence à l’encontre du Premier ministre. Plusieurs personnes ont été arrêtées, ces derniers mois, pour outrage à de hauts responsables de l’Etat.
L’homme d’affaires Gaguik Tsaroukian fait l’objet de nouvelles accusations. La Procurature lui reproche d’avoir vendu récemment une usine en Bulgarie, en violation d’une décision de justice ordonnant le gel de ses avoirs. Fin 2023, les autorités avaient entamé une procédure de confiscation, sur le fondement d’une loi controversée permettant à l’Etat de saisir des sociétés, des biens et des fonds considérés comme acquis illégalement. Gaguik Tsaroukian, qui encourt une peine d’un an de prison, avait annoncé en octobre dernier sa participation aux législatives et ajouté qu’il était en négociations avec des personnalités et des groupes politiques intéressés par la formation d’une alliance électorale.

Affaire Samvel Karapetian : l'Avertissement de Moscou


Quant au bras de fer entre le pouvoir et Samvel Karapétian, rien ne semble ébranler la détermination de l’homme d’affaires et fondateur du mouvement Mer Dzevov (A notre façon), malgré l’annonce le 17 novembre du retrait de sa licence d’exploitation du réseau de distribution électrique et la décision rendue par le tribunal, le 18 novembre, de prolonger de deux mois sa détention provisoire. Samvel Karapétian a immédiatement lancé un appel à ses partisans, tout en égratignant les autorités. “ En bafouant les valeurs sacrées, en remplissant les prisons, en confisquant des biens et en tentant d’instaurer un climat de peur, vous [les autorités] parviendrez peut-être à vous maintenir au pouvoir six mois supplémentaires, tout au plus. Dans quelques mois seulement, nous nous féliciterons de la victoire de la justice, du rétablissement de la dignité, de la défaite du mal et de l’avènement d’une ère nouvelle de prospérité et de paix pour l’Arménie. ”

La “ petite clique ” au pouvoir à Erévan reste plus que jamais dans son viseur, comme en témoigne son message du 15 décembre : “ En nouant une «amitié» humiliante avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, nous n’aurons pas de paix véritable ; en conspirant contre la Russie, nous ne nous sentirons pas en sécurité dans la région ; et en ignorant les intérêts vitaux de l’Iran et de la Géorgie, nous n’aurons pas d’amis dans les moments difficiles. ” A la mi-décembre, Mer Dzevov revendiquait l’adhésion de 12 000 membres.

Les autorités d’Erévan ont beau avoir recruté pas moins de 53 enquêteurs pour charger au maximum l’homme d’affaires, une nouvelle donne risque de compliquer leur tâche : la Russie sort de sa posture d’observateur attentif. Le 20 novembre, le ministère russe des Affaires étrangères déclarait, via sa porte-parole Maria Zakharova, “ [suivre] de près la situation concernant le réseau électrique d’Arménie et Samvel Karapétian ”. Elle rappelait que le groupe Tashir du magnat russo-arménien avait investi environ 700 millions de dollars dans le réseau électrique arménien et avait maintenu les prix de l’électricité quasiment inchangés depuis son rachat à une entreprise russe en 2015. Et d’ajouter : “ Des investissements de 795 millions de dollars étaient prévus pour la période 2024-2034. Nous espérons que les nouveaux dirigeants arméniens seront en mesure de présenter un modèle de gestion plus efficace. Mais ce jugement doit se fonder sur les résultats concrets du réseau électrique d’Arménie. ” Autrement dit, pas sur des considérations politiques.

Le 16 décembre, Mikhaïl Kalouguine, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères, a insisté sur le fait que “ Samvel Karapétian est détenu depuis six mois sans jugement ” en Arménie, et révélé que des diplomates russes en poste à Erévan lui ont rendu visite à plusieurs reprises. Il a souligné la “ prudence ” observée par des entrepreneurs russes quant à “ l’avenir de leurs projets en Arménie ”, car “ ils s’interrogent sur la stabilité du climat d’investissement dans le pays, ce qui ne contribuera probablement pas à maintenir la dynamique positive des échanges bilatéraux ”. Leur volume va chuter de 12,4 milliards de dollars en 2024 à 6 milliards de dollars en 2025. Ce mauvais résultat incite les dirigeants russes à rappeler à Erévan qu’il y a “ incompatibilité ” entre sa qualité de membre de l’Union économique eurasienne et une adhésion à l’Union européenne (UE).

 “ Menaces hybrides ”


Cette chute du commerce bilatéral arméno-russe et ces avertissements répétés de Moscou s’inscrivent dans une nouvelle phase de tension entre Bruxelles et Moscou autour de l’Arménie. L’UE, en effet, accuse la Russie de diffuser de la désinformation en Arménie à l’approche des législatives. Deux semaines après la signature, à Bruxelles, de l’accord sur l’Agenda stratégique pour le partenariat UE-Arménie, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a annoncé le 15 décembre que l’Arménie avait sollicité “ une aide similaire à celle que l’UE a accordée à la Moldavie pour lutter contre l’ingérence étrangère malveillante ”. Concrètement, une partie de l’aide européenne de 15 millions d’euros, destinée à renforcer la “ résilience ” de l’Arménie, sera consacrée à lutter contre ces “ menaces hybrides ”.


Les responsables de l’opposition arménienne en ont déduit que Nikol Pachinian cherchait à s’assurer le soutien de l’UE, en vue de remporter les législatives à l’aide de fraudes ou de manœuvres déloyales. La référence de Kaja Kallas à la Moldavie, où deux partis d’opposition pro-russes se sont vu barrer la route des dernières législatives, remportées par la mouvance pro-occidentale à la tête du pays, les préoccupe fortement, et ils craignent que cela n’ouvre la voie à la disqualification de certains groupes d’opposition avant les législatives. Ichkhan Saghatélian, l’un des principaux dirigeants de l’alliance Hayastan, a dénoncé une “ ingérence directe de forces extérieures dans les affaires intérieures de l’Arménie ”, alors que le gouvernement “ sait qu’il ne bénéficie plus du soutien populaire ”.


Et pour cause, car cette répression menée à grande échelle ne saurait faire oublier les mauvais indices économiques. Le nombre de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté, en léger recul (22 % à ce jour contre 23,7 % en 2024), n’aura pas chuté de moitié au terme de la législature, contrairement à l’engagement pris par le gouvernement en 2021, au moment où ce seuil s’élevait à 26,4 %. Aujourd’hui, 19 % des actifs vivent sous le seuil de pauvreté, et plus de 100 000 diplômés de l’université sont classés parmi les pauvres. Quant à la lutte contre la corruption, elle n’a connu “ aucun progrès lors de l’année écoulée ”, comme l’atteste le rapport du Centre anti-corruption du pays.


La poursuite des représailles exercées à l’encontre des Ar-tsakhiotes cristallise aussi le mécontentement populaire. Le 10 décembre, à Erévan, durant des audiences ayant réuni de hauts dignitaires artsakhiotes et des dirigeants de l’opposition arménienne, Achot Danielian, le dernier président par intérim de l’Artsakh, a fait part de sa détermination à continuer le combat pour le droit des Artsakhiotes à retourner sur leurs terres, en dépit de la décision du gouvernement arménien de clore cette question. Dès le lendemain, les forces de l’ordre arméniennes ont perquisitionné les bureaux de la Représentation permanente du Haut-Karabagh à Erévan, sans livrer d’explication sur les motifs de ce raid policier.

D’un côté, l’UE, galvanisée à l’idée de décrocher sa part du gâteau dans le projet de Route Trump, ferme les yeux sur la répression organisée par Nikol Pachinian. De l’autre, la Russie exprime son mécontentement pour ne pas laisser l’Occident s’accaparer sa « chasse gardée » du Sud-Caucase. L’Arménie prise entre deux feux, comme durant sa longue histoire ?


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.