Un voyage entre espérance et realpolitik
Par Tigrane YEGAVIAN
En se rendant en Turquie puis au Liban, le pape Léon XIV a choisi deux terrains hautement symboliques où se croisent diplomatie contrainte, mémoire blessée et avenir incertain des chrétiens d’Orient. Cette visite, attendue mais calibrée, révèle plus que jamais les tensions internes à la diplomatie vaticane : prudente avec Ankara, plus libre à Beyrouth, toujours soucieuse d’exister sans provoquer. Si elle offre des gestes d’espérance, elle dévoile aussi les angles morts d’une stratégie qui peine à répondre aux attentes arméniennes.
La visite du pape Léon XIV en Turquie puis au Liban s’annonçait comme l’un des moments diplomatiques les plus importants du début de son pontificat. Elle l’a confirmé. En quatre jours, du 27 novembre au 2 décembre 2025, le souverain pontife a parcouru deux paysages politiques très différents, deux sociétés marquées par des fractures profondes, mais aussi deux espaces où le Saint-Siège cherche depuis longtemps à maintenir des canaux ouverts. Si l’on y regarde de près, ce déplacement offre à la fois des gestes de continuité, des signaux nouveaux et des interrogations persistantes sur la capacité réelle du Vatican à peser sur les évolutions régionales.
En Turquie : prudence diplomatique et gestes symboliques
La première étape, à Ankara puis Istanbul, a été celle de la retenue. Le Vatican savait qu’il entrait sur un terrain délicat comme le rappellent les relations crispées entre l’État turc et les minorités religieuses et un contexte géopolitique délétère. Rencontrant le président R. T. Erdogan, Léon XIV a rappelé que “ la dignité humaine ne se divise pas ”, insistant sur la nécessité de protéger toutes les religions. Un message formulé avec tact, sans admonestation publique. Outre la très protocolaire visite au mausolée d’Atatürk, responsable du parachèvement du Génocide arménien en Cilicie, à Smyrne et en Arménie orientale, l’autre moment clef a été la visite au Diyanet, présidence des affaires religieuses, où le Pape a réaffirmé que l’islam et le christianisme devaient “ conjurer ensemble les récits identitaires qui nourrissent la peur mutuelle ”. Une déclaration forte dans un pays où le discours religieux est intimement lié au politique. Mais c’est surtout la rencontre avec le patriarche œcuménique Bartholomée 1er, étape moins commentée politiquement, qui a constitué le cœur spirituel de la visite. Les deux hommes ont évoqué la synodalité, l’unité des chrétiens et la protection des minorités. C’est ici que le Pape a retrouvé la liberté de ton qu’il n’avait pas lors de ses rencontres officielles. La Turquie, devenue plateforme migratoire majeure, a servi de cadre à un appel renouvelé à la solidarité internationale. Un message que le Vatican assume comme universel, mais qui touche directement l’Europe. Ici, le Saint-Siège n’a pas cherché l’affrontement, conscient que la Turquie reste un acteur incontournable. Léon XIV a privilégié un langage de coopération plutôt que de dénonciation. Mais cette prudence laisse des angles morts : absence de mention explicite des expropriations de biens religieux, des tensions avec les Assyro-Chaldéens, emprisonnement de pasteurs évangélistes ou des tensions autour de Sainte-Sophie. Une diplomatie du “pas de côté”, qui vise à préserver la relation sans brusquer Ankara.
Absence totale de référence à la Question arménienne
Tout au long de son déplacement, le souverain pontife n’aura pas abordé avec ses interlocuteurs arméniens des sujets aussi brûlants que le nettoyage ethnique de l’Artsakh ou encore le négationnisme. La visite du Pape célébrant la messe à Istanbul avait certes une valeur symbolique. Mais elle fut presque étouffée par la prudence diplomatique. Tout au plus le Saint Père a salué le “ courage ” des Arméniens devant le patriarche Sahak à Istanbul, faisant entendre plusieurs choses à la fois. D’abord, un hommage à la survie historique, sans prononcer le mot qui fâche. Cette phrase peut être interprétée également comme une reconnaissance de la vulnérabilité actuelle de la communauté. Le Pape sait qu’être arménien, chrétien et citoyen de Turquie aujourd’hui suppose une forme de courage silencieux : maintenir des écoles, des journaux, des paroisses, une mémoire, sans franchir les lignes rouges du pouvoir. En parlant de courage, il invite la communauté à ne pas renoncer, à ne pas céder totalement à la tentation de l’exil ou au repli intérieur. C’est une forme de bénédiction adressée à une présence chrétienne jugée précieuse dans un pays redevenu central dans les équilibres régionaux.
Au Liban, un souffle pastoral et politique plus libre
La deuxième étape a offert un contraste saisissant. Au Liban, Léon XIV est arrivé en hôte attendu avec impatience. La société libanaise, brisée par la crise financière et institutionnelle, espérait un message d’encouragement — et peut-être une clarification sur l’avenir des chrétiens d’Orient. Plusieurs temps forts ont marqué ce déplacement au pays du Cèdre. D’abord, le discours à l’aéroport : “ Liban n’est pas condamné ”. En quelques mots, le Pape a voulu redonner souffle à un pays cyniquement présenté comme condamné à l’effondrement. Ensuite, la rencontre interreligieuse, moment structurant du voyage, où il a rencontré des responsables sunnites, chiites, druzes et chrétiens. Il a réaffirmé que le Liban représente “ une idée, non un arrangement communautaire ” — message relevant autant de la théologie politique que du pragmatisme diplomatique. Se rendant sur les lieux de l’explosion du port de Beyrouth, Léon a fait un geste fort, qui a replacé au centre du voyage les victimes de l’explosion de 2020 et de l’effondrement socio-économique du Liban. Le Pape a dénoncé une “ politique devenue indifférente à la souffrance ”. Une parole sans détour. En bord de mer, devant des centaines de milliers de fidèles, Léon XIV a célébré la messe, appelant les jeunes Libanais à “ ne pas céder à la tentation de l’exil ”, un thème récurrent mais difficile à traduire dans la réalité tant que les conditions économiques restent catastrophiques. La rencontre avec les patriarches des Églises d’Orient a été l’occasion de mettre en lumière la diversité des Églises catholiques orientales — maronite, melkite, syriaque, chaldéenne, arménienne — et leur rôle stabilisateur. Le Pape a insisté sur la nécessité d’obtenir enfin un président de consensus et de restaurer l’autorité de l’État. Au Liban, il a retrouvé une marge de manœuvre qu’il n’avait pas en Turquie. Sa parole s’est faite plus frontale : dénonciation de la corruption, critique du clientélisme, appel au renouveau civique. Pourtant, malgré l’immense mobilisation populaire, aucun engagement concret n’a émergé des autorités libanaises à l’issue du voyage. Léon XIV a par ailleurs, à juste titre, replacé le sort des chrétiens d’Orient au centre de l’agenda international. Il a également su offrir un message de stabilité et d’unité au Liban, indispensable alors que le pays sombre dans le désespoir. Et réaffirmer la communion avec les Églises orientales, surtout l’Église orthodoxe fracturée par le schisme russo-ukrainien et l’instrumentalisation par Moscou du fait religieux. Mais le Saint-Siège peut-il encore se permettre de rester silencieux sur l’injustice subie par le peuple arménien ? Après l’exode forcé de l’Artsakh, le silence n’est plus neutre : il pèse. Léon XIV maintient toujours en poste deux figures clés de la curie connues pour leur proximité avec le régime azerbaïdjanais : le Britannique Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les Etats de la secrétairerie d’Etat depuis 2014, lequel avait ordonné évêque le futur primat du diocèse catholique d’Azerbaïdjan, Vladimir Fekete, en 2018, et le cardinal Claudio Gugerotti, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, ancien nonce en Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan (2001-2011), ancien préfet du Dicastère pour les Églises orientales. Ses prises de parole publiques ont parfois été interprétées comme une volonté d’éviter toute condamnation sévère de Bakou, que ce soit après la guerre de 2020 ou le nettoyage ethnique de 2023. Pourquoi sont-ils toujours à leur poste ? Derrière cette interrogation se profile un enjeu plus large : celui de la cohérence entre la parole morale de Rome et sa pratique diplomatique. Le Saint-Siège veut être un acteur impartial, mais il ne peut oublier qu’il est aussi une autorité spirituelle. Et cette autorité perd de sa force lorsqu’elle s’interdit de nommer les blessures.

par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.

En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.

Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։





