Washington sans stratégie, Erévan sans garanties : les illusions de la paix

Par Tigrane YEGAVIAN

Alors que Washington revendique un rôle accru dans le processus de paix arméno-azerbaïdjanais et que le projet de route Trump gagne en visibilité, les incertitudes stratégiques demeurent profondes dans la région. Absence de garanties de sécurité crédibles pour l’Arménie, rapports de force régionaux déséquilibrés, statut précaire des réfugiés de l’Artsakh. Dans cet entretien, l’analyste Tigran Grigoryan dresse un diagnostic sans concession des limites de l’engagement américain, des risques liés à la diplomatie des infrastructures et des vulnérabilités structurelles de l’État arménien à moyen et long terme.

France Arménie : Comment caractériseriez-vous la stratégie actuelle des États-Unis dans le Caucase du Sud ? Washington poursuit-il une vision régionale cohérente ou sa politique est-elle surtout réactive face aux initiatives russes, turques et iraniennes ?
Tigran Grigoryan : Je ne pense pas que l’administration américaine actuelle dispose d’une véritable stratégie pour le Caucase du Sud. Toutes les initiatives observées au cours de l’année écoulée relèvent davantage d’une diplomatie transactionnelle, non conventionnelle, que d’une réflexion stratégique clairement définie. Cela apparaît très nettement dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis, où ni le Caucase du Sud, ni même le Grand Moyen-Orient ou l’Europe ne sont considérés comme des zones d’intérêt national fondamental. Le document souligne au contraire que, dans ces régions de moindre importance stratégique, Washington doit rechercher des résultats diplomatiques en mobilisant des ressources limitées et en s’appuyant sur une diplomatie présidentielle. C’est précisément ce qui s’est produit dans le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : l’administration précédente, tout comme les deux parties, avaient réalisé l’essentiel du travail préparatoire, avant que l’administration Trump ne fasse basculer le processus par une implication active. Cela dit, si l’on se projette au-delà de l’ère Trump et que l’on envisage le retour d’une administration plus classique à la Maison-Blanche, les résultats du sommet de Washington — s’ils sont mis en œuvre — pourraient constituer un point d’appui solide pour les États-Unis afin de contrebalancer la Russie et d’autres acteurs régionaux dans le Caucase du Sud. Néanmoins, tous les discours sur une prétendue prééminence américaine dans la région sont prématurés et relèvent largement de la propagande.

L’idée d’une « Trump Route » ou d’un corridor de transit soutenu par les États-Unis est de plus en plus évoquée. Ce projet est-il stratégiquement viable, économiquement réaliste et politiquement soutenable au regard des équilibres régionaux actuels ?
En ce qui concerne les résistances politiques des autres acteurs, tout dépendra des détails et des modalités du projet, qui restent pour l’instant inconnus. Qui contrôle quoi, et comment ? Quelles seront les modalités concrètes des communications sous souveraineté et juridiction arméniennes ? Ce sont là les questions clés. À ce stade, on n’a pas observé de réactions particulièrement virulentes de la part des acteurs régionaux. La réaction russe a notamment été très mesurée. Mieux encore, Moscou a déjà profité de la dynamique créée après le sommet de Washington pour transporter des marchandises vers l’Arménie via le territoire azerbaïdjanais. Cette retenue russe s’explique très probablement par son scepticisme quant à la mise en œuvre effective du projet, mais aussi par les leviers dont elle dispose déjà sur le terrain : la présence de gardes-frontières russes dans le sud de l’Arménie, le contrôle russe du réseau ferroviaire arménien, et l’adhésion d’Erévan à l’Union économique eurasiatique. Certains de ces paramètres pourraient toutefois évoluer avec le temps. La réaction iranienne a été à deux vitesses : la direction politique s’est montrée relativement prudente, tandis que les cercles sécuritaires et religieux se sont exprimés de manière beaucoup plus critique à l’égard de l’implication américaine. Cette réponse fragmentée reflète avant tout l’extrême faiblesse actuelle de Téhéran.
Sur le plan économique, tout dépendra de l’intégration de cette route dans une connectivité plus large entre l’Asie centrale et l’Europe. Si elle se limite à un simple lien entre l’Azerbaïdjan continental et le Nakhitchevan, sans intégration dans des réseaux plus vastes et sans ouverture complète des communications régionales, elle n’aura d’intérêt stratégique et économique que pour la Turquie et l’Azerbaïdjan, tout en devenant un facteur d’érosion de la souveraineté et de la viabilité à long terme de l’Arménie. À cet égard, beaucoup dépendra des choix de Bakou et de la constance de l’engagement américain.

Voyez-vous une contradiction entre les discours occidentaux sur la connectivité régionale et les préoccupations sécuritaires fondamentales de l’Arménie, notamment dans le Syunik ? La diplomatie des infrastructures peut-elle se substituer à de véritables garanties de sécurité ?
Comme indiqué précédemment, tout dépend des modalités concrètes du déblocage des communications. Si l’Arménie conserve non seulement un contrôle nominal, mais aussi un contrôle effectif des routes traversant son territoire — y compris le contrôle douanier et frontalier — l’ouverture des communications pourrait effectivement être bénéfique, tant sur le plan économique que sécuritaire. Le développement des infrastructures et une connectivité équitable peuvent contribuer à la stabilité en créant des interdépendances régionales. Toutefois, ils ne peuvent pas se substituer à des garanties de sécurité. Or, aujourd’hui, aucun acteur ne semble capable — ni réellement disposé — à fournir à l’Arménie des garanties de sécurité viables.
Pour les États-Unis, la région ne constitue pas un intérêt national fondamental. L’Union européenne et ses États membres ne disposent ni des capacités ni de la puissance coercitive nécessaires. Dans le même temps, l’importance de l’Azerbaïdjan dans les projets énergétiques et de connectivité ne cesse de croître. La Russie, de son côté, a démontré son incapacité à honorer ses engagements envers l’Arménie ; ses garanties de sécurité existent surtout sur le papier. À Moscou, la Turquie et l’Azerbaïdjan sont désormais des partenaires plus importants que l’Arménie. Dans ces conditions, il n’existe pas de véritable alternative entre garanties de sécurité et diplomatie des infrastructures.

Quelles sont les chances réelles d’une normalisation authentique entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et entre l’Arménie et la Turquie, dans un avenir proche ? Quelles seraient les conditions minimales pour qu’elle ne soit pas purement symbolique ?

Tout dépend de ce que l’on entend par normalisation « authentique ». S’il s’agit de la signature d’un traité de paix, cela dépendra largement de la capacité du gouvernement Pachinian à mener à bien les réformes constitutionnelles exigées par l’Azerbaïdjan. Un référendum est envisagé après les élections législatives de 2026, pour lesquelles Pachinian apparaît aujourd’hui comme favori, même s’il doit encore l’emporter. De manière plus générale, ce que l’on peut raisonnablement attendre dans les années à venir, c’est une forme de « paix négative » : l’absence de guerre ou d’escalades militaires majeures. C’est un objectif atteignable. Comme on l’a vu récemment, des initiatives limitées en matière de transit et un commerce modeste sont également possibles. Aller au-delà nécessitera beaucoup plus de temps et une volonté politique bien plus forte.


Concernant les déplacés de l’Artsakh, quelle est votre évaluation de leur statut juridique et politique en Arménie ? Existe-t-il un risque qu’ils soient progressivement traités comme de simples migrants économiques ?

L’idée de considérer les réfugiés comme des migrants économiques est une revendication azerbaïdjanaise, mais je ne pense pas qu’elle soit réaliste. Il existe déjà des programmes de long terme — certes encore très imparfaits — qui considèrent l’ensemble des déplacés comme des bénéficiaires. En revanche, sur le plan juridique, le gouvernement arménien a lui-même créé des problèmes artificiels lorsqu’il a adopté, en octobre 2023, une décision traitant les Arméniens du Haut-Karabagh comme des non-citoyens, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant. Les Arméniens du Karabagh jouissaient jusqu’alors de l’ensemble des droits liés à la citoyenneté arménienne. Ils possèdent tous des passeports arméniens portant un code spécial, désormais considéré uniquement comme un document de voyage. Cette décision a entraîné de nombreuses difficultés : restrictions d’accès à la fonction publique, perte du droit de posséder des terres agricoles, etc. Le même texte a également défini les Arméniens d’Artsakh comme des personnes sous protection temporaire ou comme des réfugiés, et a introduit une carte d’identité spécifique sans laquelle les réfugiés ne peuvent pas quitter le pays. Aujourd’hui, les déplacés peuvent soit conserver leurs anciens passeports — qui ne sont plus reconnus comme de véritables passeports arméniens — soit demander la citoyenneté. Les programmes d’aide incitent fortement à cette démarche, en conditionnant certains avantages, comme l’accès au logement, à l’obtention de la citoyenneté. La réduction progressive de l’aide a entraîné une hausse des demandes de naturalisation, mais aussi une augmentation du nombre de départs définitifs hors d’Arménie. Il est important de souligner que l’obtention de la citoyenneté n’affecte en rien leurs droits politiques ou juridiques en tant que réfugiés.


Plus largement, comment ces dynamiques — politique américaine, corridors régionaux, normalisation et question non résolue des réfugiés — influencent-elles la résilience à long terme de l’État arménien et de sa souveraineté ?

L’ensemble de ces facteurs génère des vulnérabilités structurelles et une profonde incertitude stratégique. À cela s’ajoutent une polarisation politique interne croissante et des reculs démocratiques visibles, qui affaiblissent la capacité de l’Arménie à répondre efficacement à ces défis. Alors que plusieurs scénarios d’évolution sont possibles pour la région, le gouvernement semble ne se préparer qu’aux hypothèses les plus optimistes. L’absence d’un plan B crédible constitue aujourd’hui l’un des motifs de préoccupation les plus sérieux. 



Tigran Grigoryan est analyste politique et directeur du Regional Center for Democracy and Security (RCDS) à Erévan. Spécialiste du Caucase du Sud, des politiques de sécurité et des relations entre grandes puissances et États périphériques, il travaille notamment sur les questions de souveraineté, de normalisation régionale et de gouvernance post-conflit en Arménie. Il est régulièrement sollicité par des centres de recherche internationaux et des médias pour ses analyses critiques des dynamiques géopolitiques régionales.




par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
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Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.