Pachinian vs Karékine II : l'Arménie clivée

Pachinian vs Karékine II :
l’Arménie clivée

Le Premier ministre va durcir l’épreuve de force engagée avec le Catholicos d’ici les élections législatives de juin prochain, dans une société arménienne gangrenée par la violence.

PAR VAROUJAN MARDIKIAN

L Premier ministre Nikol Pachinian accentue la pression exercée sur le catholicos Karékine II, en déployant tous ses efforts pour élargir le cercle des ecclésiastiques prêts à se ranger du côté des autorités. Le 4 janvier au soir, il a publié sur les réseaux sociaux une vidéo le montrant en train de signer en compagnie de huit évêques dissidents, dans sa résidence officielle, une déclaration appelant à la “ destitution ” de Karékine II dans le cadre d’une “ réforme ” de l’Eglise. Le Catholicos est une nouvelle fois accusé d’“ instrumentaliser l’Eglise à des fins politiques ” et de la “ mettre au service de divers agendas et intérêts étrangers ”. Cette déclaration porte également la signature de deux autres dignitaires de haut rang du clergé, qui se sont joint fin novembre à la campagne menée par Nikol Pachinian contre Karékine II.


Détail intéressant à relever : si jusqu’alors, Nikol Pachinian affirmait œuvrer pour la démission de Karékine II en tant que “ simple fidèle ”, il a signé cette fois-ci la déclaration susmentionnée en tant que Premier ministre d’Arménie. L’opposition y a vu une preuve de la violation d’une disposition de la Constitution qui garantit l’indépendance de l’Eglise et sa séparation d’avec l’Etat. Le Saint-Siège d’Etchmiadzine a relayé cette accusation, stigmatisant “ les actions entreprises par le chef du gouvernement arménien sous prétexte de réglementer et de réformer la vie interne de l’Eglise ”.


La messe de Noël du 6 janvier a de nouveau été l’occasion pour Nikol Pachinian et Karékine II de croiser le fer. Durant son office, le Catholicos a dénoncé la “ répression ” à laquelle l’Eglise “ continue d’être soumise ”, quand bien même elle demeure “ ferme et inébranlable, fidèle à sa vocation et à sa mission divines ”. De son côté, le Premier ministre a assisté à l’office célébré en la cathédrale Saint-Grégoire l’Illuminateur d’Erévan par l’un des dix évêques entrés en dissidence fin novembre. Puis il a exhorté ses partisans à se joindre à lui pour une marche dans le centre-ville qui les a conduits vers une autre église de la capitale, devant laquelle il a fustigé les “ tentatives d’instrumentalisation de l’Eglise contre l’Etat, désormais unis ”.


Mais Nikol Pachinian s’abstiendra d’ordonner à ses partisans de se rassembler devant la cathédrale d’Etchmiadzine, contrairement à l’initiative prise le 18 décembre par les évêques dissidents. Celle-ci avait suscité les critiques des opposants, qui avaient dénoncé une tentative d’occupation de la cathédrale et de la résidence de Karékine II, située à proximité, ainsi qu’une réaction du Catholicossat, qui avait organisé au même moment une prière spéciale dans les lieux saints.


Cette journée du 18 décembre avait été l’occasion d’évaluer le rapport de force entre les deux camps. Et de ce point de vue, la balance avait nettement penché du côté des soutiens de l’Eglise, beaucoup plus nombreux que les manifestants pro-gouvernementaux, parmi lesquels figuraient des responsables locaux et des membres du Contrat civil au pouvoir. Les opposants au gouvernement ont estimé que Nikol Pachinian avait subi là un revers majeur.


Des comportements violents


En attendant les prochains rebondissements que réservera cette guerre ouverte, force est de constater qu’elle clive la société arménienne dans des proportions inquiétantes. Ce même 18 décembre, des centaines de policiers anti-émeutes déployés autour de la cathédrale ont laissé plusieurs partisans de Nikol Pachinian, dont Vrej Durgarian, le directeur adjoint de l’Opéra national d’Arménie, tenter d’y pénétrer de force, à la fin de l’office, avant qu’un groupe de prêtres et de laïcs leur fassent barrage. Lors de l’échauffourée, le père Vrtanes Baghalian a été victime d’un infarctus et transporté d’urgence à l’hôpital.


Il accusera Vrej Durgarian d’avoir été le meneur des agresseurs, qui “ donnaient des coups de pied et des coups de poing dans la porte d’entrée principale de la cathédrale-mère ”. Et d’ajouter : “ Un homme ivre a escaladé le tombeau d’un Catholicos [du 18e siècle] et a fait signe au groupe de pousser la porte pour entrer. Je lui ai poliment demandé de descendre, mais j’ai compris qu’il ne m’écoutait pas. J’ai donc dû grimper, le tirer par l’épaule et le faire descendre. ” On notera que parmi les agresseurs figurait également Tavros Sapeyan, le maire pro-gouvernemental de Taline (dans la province d’Aragatsotn), qui a été filmé en train d’insulter un autre prêtre pendant l’échauffourée (1).


Alors qu’un député de l’opposition, Garnik Danielian, déposait une plainte pour “ hooliganisme ” contre Vrej Durgarian et Tavros Sapeyan, le directeur exécutif de l’Opéra national d’Arménie, Karen Durgarian, venait à la recousse de son adjoint, qui est également son cousin. “ Si vous regardez attentivement la vidéo, vous verrez qu’il y avait pas mal de monde. Nombreux sont ceux qui sont tombés au sol, à bout de souffle, tant la foule était dense. Mon cousin a essayé simplement de se relever pour reprendre son souffle ”, a-t-il déclaré au quotidien Aravot.


Dix jours plus tard, le 28 décembre, en marge de la messe dominicale célébrée à Garni (à une trentaine de kilomètres à l’est d’Erévan) par un prêtre dissident, en présence de Nikol Pachinian, un journaliste du site d’information pro-gouvernemental civic.am a interrogé certains fidèles pro-Pachinian sur les raisons qui pourraient contraindre le Catholicos à démissionner. Réponse d’un habitant de Garni, employé de l’administration locale : “ Il faudrait lui jeter une pierre sur la tête et le tuer. ” Une enquête préliminaire a été ouverte par le procureur général, à la demande des responsables de l’opposition.

Bakou et Ankara pro-Pachinian

Dans ce climat délétère, tout porte à croire que les tensions entre les deux camps vont aller en s’accentuant : d’un côté, le Catholicos, qui bénéficie encore d’un large soutien populaire, n’est pas décidé à démissionner ; de l’autre, le Premier ministre va accentuer la pression sur Etchmiadzine, à mesure que l’on s’approchera de l’échéance électorale du 7 juin prochain.


Pleinement engagé dans le processus de paix élaboré par Washington, Nikol Pachinian veut à tout prix le mener le plus loin possible avant cette date butoir. Il est encouragé en cela par Bakou et Ankara, qui lui témoignent leur « soutien » à travers des gestes significatifs. C’est ainsi que l’Azerbaï-djan vient de livrer à l’Arménie, par voie ferroviaire, deux cargaisons de carburant en moins d’un mois ; quant à la Turquie, son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a soutenu le 14 janvier le “ rôle constructif ” joué par Nikol Pachinian, au nom d’Erévan, dans le processus de normalisation des relations avec Ankara et Bakou.



Adoubé par ces deux voisins, le Premier ministre arménien va tout faire pour empêcher un opposant comme le Catholicos de jouer les trouble-fête. Au risque de polariser à l’extrême une société arménienne déjà bien fracturée.

(1) Tavros Sapeyan a bloqué l’entrée de l’église Sainte-Mère de Dieu de Taline, le 6 janvier au matin, avec l’aide de la police et des responsables locaux, pour permettre à Aramayis Takhmazian, défroqué en novembre par le Catholicos, de célébrer la messe de Noël à la place du père Hayk Sahakian, son successeur désigné.

Le gouvernement ferme la chaîne télé de l’Eglise

Le gouvernement arménien a décidé le 25 décembre d’interrompre la diffusion de Shoghakat, la chaîne de télévision de l’Eglise apostolique arménienne. Cofinancée par l’Eglise et le gouvernement depuis sa création, il y a une vingtaine d’années, Shoghakat diffusait principalement des programmes culturels, religieux et éducatifs.



Les alliés de Nikol Pachinian avaient déjà réclamé l’arrêt du financement public et de la diffusion de Shoghakat en 2024, lors des manifestations antigouvernementales menées par l’archevêque Bagrat Galstanian. Ils avaient réitéré cette demande après le début du conflit entre Nikol Pachinian et Karékine II. Le gouvernement s’est appuyé sur une loi abrogeant le statut de “ diffuseur public ” de Shoghakat, adoptée en octobre dernier par le Parlement, pour décider la cessation d’activité du diffuseur public qui retransmettait les programmes de la chaîne.


Les milieux proches du pouvoir ont reproché à Shoghakat une faible audience, des programmes de piètre qualité et une mauvaise utilisation des fonds publics. La directrice générale de la chaîne, Manya Ghazarian, a rejeté ces critiques, déclarant qu’elles n’étaient étayées par aucune étude ni donnée objective. Sept associations de médias du pays ont estimé dans un communiqué commun que la justification officielle du retrait de la fréquence de Shoghakat n’était “ pas convaincante ”. 


V. M.

Pachinian vs Karapétian, une guerre d’usure

Samvel Karapétian, arrêté le 18 juin dernier juste après avoir condamné les tentatives de Nikol Pachinian de destituer le catholicos Karékine II et promis de le défendre “ à notre façon ”, fait décidément l’objet d’un traitement spécial de la part des autorités arméniennes. A la surprise générale, le 30 décembre, la justice acceptait de transformer sa détention provisoire en assignation à résidence, moyennant le versement d’une caution de 10,5 millions de dollars et l’interdiction de faire des déclarations politiques depuis son domicile. Le 16 janvier, la Cour d’Appel a accédé à la demande du Parquet de réincarcérer Samvel Karapétian… avant que le tribunal de première instance déjuge la Cour d’Appel le 17, en le réassignant à résidence avec la liberté de promouvoir son mouvement Mer Dzevov (A notre façon).


Mais l’homme d’affaires est physiquement affaibli. Il avait été hospitalisé pour une double pneumonie contractée en prison, des suites d’une infection au Covid. Ses avocats ont dénoncé de mauvaises conditions de détention, imputables à une administration pénitentiaire qu’ils accusent de négligence. “ Ils n’ont absolument pas chauffé la cellule de Samvel Karapétian, a déploré l’un d’eux, Armen Faroyan. Son état de santé s’est dégradé. Il était constamment enrhumé et personne ne comprenait de quoi il souffrait avant qu’on lui diagnostique une pneumonie bilatérale. ” Aram Vartevanian, un autre avocat de Samvel Karapétian, a affirmé que les autorités pénitentiaires, tout en étant informées de son état de santé, sont restées délibérément inertes. Kamo Manoukian, le directeur de l’hôpital pénitentiaire national, a rejeté ces accusations, indiquant que Samvel Karapétian avait été examiné à plusieurs reprises par les médecins de la prison sans qu’aucun problème pulmonaire n’ait été signalé.


Samvel Karapétian, dont les six mois de détention n’ont pas émoussé la combativité, se disait confiant le 19 novembre de pouvoir chasser la “ petite clique ” dirigeante arménienne du pouvoir à la faveur des législatives. Ces décisions de justice, marquées du sceau de revirements successifs, font penser à un plan concocté en haut lieu pour affaiblir, à l’usure, les capacités de résistance d’un homme dont l’état de santé est désormais précaire.



“ Maintenant, je vais m’occuper de toi à ma façon, misérable… J’espère que tu garderas le goût de l’Etat en bouche ”, avait lancé Nikol Pachinian à Samvel Karapétian, le 18 juin dernier. Tout se passe comme si le Premier ministre voulait absolument montrer qu’il a de la suite dans les idées à l’un de ses principaux concurrents aux prochaines législatives. Il faut donc s’attendre, dans les mois à venir, à de nouvelles tentatives de déstabilisation de Samvel Karapétian par le pouvoir, qui ne lésinera pas sur les moyens pour parvenir à ses fins. A sa façon.


V. M.

par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
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La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
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Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.