Karabagh : autopsie d’un échec diplomatique - Hraïr Balian et les « occasions manquées » d’une paix possible.

Par Tigrane YEGAVIAN

Figure reconnue de la diplomatie discrète et de la médiation internationale, Hraïr Balian appartient à cette génération d’experts issus de la Diaspora arménienne dont le parcours épouse les lignes de fracture du monde contemporain. Né à Beyrouth dans une famille marquée par l’histoire du Génocide et de l’exil, formé au droit aux États-Unis, il consacre depuis plus de trois décennies sa carrière à la résolution de conflits au sein d’organisations internationales telles que l’ONU, l’OSCE, l’International Crisis Group et le Carter Center pour la paix. De l’Afrique aux Balkans, du Moyen-Orient au Caucase, Hraïr Balian a observé de l’intérieur les dynamiques de négociation, les rapports de force invisibles et les occasions manquées qui jalonnent les processus de paix. Cette expérience unique irrigue son ouvrage majeur, Anatomy of Peacemaking: Nagorno-Karabakh Conflict & Missed Opportunities (1). 


Dans ce livre dense et méthodiquement documenté, il propose bien davantage qu’une chronique des négociations sur le Haut-Karabagh, il en offre une véritable autopsie stratégique. S’appuyant sur des archives diplomatiques, des documents confidentiels et des entretiens avec des acteurs de premier plan, Balian interroge les moments charnières – 1997, Key West, les principes de Madrid, Kazan – et analyse pourquoi aucune de ces fenêtres d’opportunité n’a débouché sur un accord durable. Son travail éclaire avec rigueur les responsabilités partagées, les contraintes politiques internes, les calculs géopolitiques et les limites de l’architecture de médiation internationale. Il ne s’agit ni d’un réquisitoire ni d’une défense, mais d’un effort rare de lucidité, indispensable pour comprendre comment un conflit gelé a fini par basculer.

 1997 : la fenêtre la plus sérieuse, refermée de l’intérieur
Dans la cartographie des “ occasions manquées ”, Hraïr Balian insiste sur un moment qu’il juge décisif : septembre 1997. Les coprésidents du Groupe de Minsk (France, Russie, États-Unis) proposent alors une architecture intérimaire : repousser indéfiniment la question du statut final du Haut-Karabagh, mais stabiliser l’indépendance de facto par l’octroi à la République du Haut-Karabagh (RHK/NKR) d’une personnalité juridique internationale et de garanties de sécurité sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. La proposition prévoit le maintien des forces de défense et des institutions de gouvernance, l’ouverture possible de relations diplomatiques, l’éloignement des forces azerbaïdjanaises et le déploiement de forces internationales de maintien de la paix.
Le nœud, comme souvent, réside dans la géographie : la RHK devrait restituer les territoires « tampons » autour de l’enclave, à l’exception de Latchine (au-delà du corridor) et possiblement Kelbadjar, conservés jusqu’à la détermination du statut final. Les zones restituées seraient démilitarisées. Fait crucial : Bakou accepte — une première dans tout le processus. Levon Ter-Petrossian est prêt à suivre. Mais, à Erévan et à Stépanakert, la proposition est rejetée. Le Premier ministre d’alors, Robert Kotcharian, deux ministres clés, Vazgen Sarkissian, Serge Sarkissian, et les responsables de la RHK s’y opposent.
Balian prend au sérieux l’argument sécuritaire des opposants : ces territoires, disent-ils, sont un bouclier vital. Sans eux, la ligne de contact passerait d’environ 22 km à près de 220 km, rendant la défense plus coûteuse et plus incertaine ; Kelbadjar, aujourd’hui défendue par un passage montagneux étroit, deviendrait une frontière longue et vulnérable. Autre crainte : une fois les régions rendues, l’Azerbaïdjan n’aurait plus d’intérêt à poursuivre les négociations. Pour Kotcharian, rendre sans statut préalable serait “ suicidaire ”.
Mais c’est précisément ici que se situe, selon Balian, l’“ occasion manquée ” au sens fort : non pas ignorer la sécurité, mais négocier à partir de l’offre. La partie arménienne, affirme-t-il, aurait pu accepter le principe et proposer des amendements pour corriger les faiblesses. Car l’offre de 1997 permettait aux deux camps de proclamer une victoire partielle : l’Azerbaïdjan conservait la souveraineté de jure, tandis que la RHK préservait son indépendance de facto, gagnait un statut international et des garanties onusiennes. Le « bonus » est même stratégique : conserver non seulement le corridor de Latchine mais le district entier, voire Kelbadjar, aussi longtemps que Bakou refuserait un accord sur le statut final — potentiellement indéfiniment. Balian rapproche ce schéma du Kosovo en 1999, où un statut intérimaire sous parapluie international a fini par déboucher sur l’indépendance.
D’autres moments émergent ensuite : un accord bilatéral Aliev–Kotcharian en 1999 (dont la nature exacte demeure disputée), brisé par les assassinats au Parlement arménien en octobre ; Key West (2001) et Kazan (2011), que Balian décrit comme des opportunités rejetées par la partie azerbaïdjanaise, faute de pouvoir « vendre » le compromis à l’opinion.

De la résolution à la gestion : le Groupe de Minsk piégé par la géopolitique


Le constat est sévère : le Groupe de Minsk a préservé le cessez-le-feu près de 26 ans sans produire d’accord final. Pour Balian, ce glissement vers la gestion du conflit tient d’abord aux contradictions géopolitiques des coprésidents. Dans les années 1990 et au début des années 2000, le dossier du Karabagh est l’un des rares terrains où Russie et Occident coopèrent relativement bien. Mais la phase unipolaire se dissipe ; les rivalités grandissent ; Ukraine et Syrie deviennent des priorités supérieures et vampirisent l’attention.

Dans cette reconfiguration, le Karabagh cesse d’être central pour Washington et Paris. Balian souligne une autre hiérarchie : l’importance croissante des hydrocarbures azerbaïdjanais, et le projet de réduction de la dépendance européenne au gaz russe. L’Azerbaïdjan se repositionne aussi comme hub de connectivité (Est-Ouest, puis Nord-Sud). Résultat : les intérêts économiques et stratégiques, combinés à la structure consensuelle de l’OSCE (qui empêche l’imposition d’une solution), réduisent l’incitation à pousser une médiation plus ferme.

Dans ce cadre, les Principes de Madrid (2007) et la variante de Kazan (2011) apparaissent comme les dernières contributions substantielles. Après 2014–2015, la Russie n’a plus, dit-il, la “ bande passante ” pour autre chose que l’Ukraine. L’architecture reste en place, mais la capacité à résoudre s’érode : la machine diplomatique entretient le statu quo plus qu’elle ne le transforme.


L’illusion du statu quo : l’avertissement 

de Libaridian, confirmé par 2020–2023

Balian reprend une formule de l’historien et ancien diplomate Gérard Libaridian qui devient, à ses yeux, un diagnostic tragiquement vérifié : “ L’Azerbaïdjan peut se permettre de perdre une guerre ; l’Arménie ne le peut pas ”. L’idée est simple : Bakou a une profondeur stratégique, des ressources, du temps ; Erevan, lui, ne peut pas perdre une seule fois sans compromettre durablement sa capacité de retour.

À partir de là, Balian pointe une double faute : l’Arménie et la RHK se sont appuyées sur le statu quo issu de 1994 sans renforcer l’alternative au compromis — tandis que l’Azerbaïdjan préparait la guerre pendant deux décennies. L’asymétrie est territoriale, militaire, mais aussi temporelle : la stratégie azerbaïdjanaise s’améliore, l’arménienne s’endort.

La charge la plus directe vise les années 2018–2020 : à l’automne 2020, estime-t-il, le Premier ministre Nikol Pachinian, aurait dû savoir que Bakou visait une solution militaire. Or, au lieu d’une extrême prudence — renforcer les alliances, corriger l’asymétrie, réduire les provocations —, l’Arménie s’enferme, selon lui, dans une rhétorique durcie. La formule “ nouvelles guerres pour de nouveaux territoires ” marque un seuil. Même l’intervieweur de la BBC, Steven Sackur, s’en étonne : “ Vous dites être un homme de paix, mais vous sonnez comme un homme de guerre ”. Balian ajoute un autre élément : les références imprudentes au traité de Sèvres, qui auraient inutilement provoqué la Turquie, fournissant à l’Azerbaïdjan et à Ankara un casus belli.

Son jugement est net. A l’évidence, l’Arménie a commis des erreurs stratégiques fondamentales en misant sur le statu quo, en ne se préparant pas à la guerre à venir et en adoptant, dans la période décisive, un comportement “ erratique, maladroit et provocateur ”.

Exclure Stépanakert : le “ déficit 

de légitimité ” au cœur du processus


Sur le plan de la méthode, Balian défend un principe de base en médiation : on ne négocie pas sérieusement l’avenir d’un territoire sans la présence de ceux qui ont le plus à perdre ou à gagner. Or, rappelle-t-il, la RHK est progressivement marginalisée. Jusqu’en 1998, elle participe largement aux discussions ; la CSCE avait même invité des représentants “ élus ” (arméniens) et “ autres ” (azerbaïdjanais). La RHK a signé le protocole de Bichkek (1994). Mais avec l’arrivée de Kotcharian à la présidence, Erevan “ prend en charge ” la représentation de Stépanakert, tandis que les coprésidents continuent des consultations séparées.

Pour Balian, ce n’est pas substituable : même si Kotcharian et Serge Sarkissian sont originaires du Karabagh, leur présence ne remplace pas la participation des autorités locales qui devraient appliquer un éventuel accord (évacuation de territoires, retour des déplacés, gouvernance). Il attribue la responsabilité initiale de l’exclusion à Kotcharian ; et une fois l’exclusion actée, l’Azerbaïdjan s’y oppose avec constance, les coprésidents s’alignent. Le résultat est une faille structurelle : un “ déficit de légitimité ”. Sans participation de la RHK, tout accord risque d’être perçu comme illégitime, donc difficile à mettre en œuvre. Plus encore, l’absence de face-à-face durcit les récits et réduit les négociations aux seules dimensions territoriales et sécuritaires, en marginalisant les besoins concrets des communautés : droits, culture, gouvernance, retour, sécurité humaine.


L’un des apports de Balian est de clarifier le piège conceptuel : ce n’est pas que statut et sécurité devraient être « dissociés », c’est que la médiation a demandé à la partie arménienne de compromettre la sécurité avant d’obtenir un statut, en restituant les sept régions servant de zone tampon. C’est un dilemme de séquençage. Sans garanties crédibles, dit-il, aucun statut — intérimaire ou final — ne peut tenir. Il regrette que les médiateurs et les Arméniens n’aient pas davantage poussé l’idée d’une administration intérimaire sous le Conseil de sécurité, à la manière du Kosovo, pour transformer l’indépendance de facto en statut internationalisé et sécurisé. Pour lui, l’échec tient aussi à l’incapacité de “ balancer ” les principes : intégrité territoriale d’un côté, autodétermination de l’autre, sans garanties de sécurité pour une population vulnérable.


Sur la proposition d’“ autonomie au sein de l’Azerbaïdjan ”, Balian est tranchant : elle n’a jamais été pensée comme un modèle concret. L’histoire politique du Caucase, où “ autonomie ” évoque la domination stalinienne plus qu’un fédéralisme européen, pousse la partie arménienne à s’en détourner et à choisir l’indépendance. Mais surtout, souligne-t-il, en trente ans, Bakou n’a produit aucun projet constitutionnel détaillé définissant droits et statut d’un Nagorno-Karabagh autonome. La raison serait politique : un véritable débat constitutionnel “ droits, responsabilités, justice ” exigerait une démocratisation mettant en danger l’hégémonie du régime Aliev. Dès lors, l’“ autonomie ” sert à protéger l’intégrité territoriale, pas à offrir une solution vivable.


Balian replace enfin le dossier dans une hiérarchie occidentale : après 1991, priorité au nucléaire post-soviétique ; puis à la transition russe ; ensuite au gaz et au pétrole azerbaïdjanais, aux pipelines BTC et Corridor gazier méridional, d’autant que les routes sont pensées pour contourner l’Arménie et la RHK. Il rappelle le lobbying pro-azerbaïdjanais à Washington au milieu des années 1990, et le rôle central de BP à Bakou. Cette tension, ajoute-t-il, a produit une politique américaine prudente, parfois équilibrée, mais peu incitatrice à une résolution énergique.

La rupture de 2020–2023, avec l’usage de la force et le nettoyage ethnique de 120 000 Arméniens, marque pour lui un défi frontal à l’“ ordre international fondé sur des règles ”. Il souligne l’ironie historique : la notion même de “ crime contre l’humanité ” prend racine dans la déclaration de 1915 sur le Génocide des Arméniens. Mais aujourd’hui, constate-t-il, la logique “ la force fait le droit ” semble l’emporter ; les mécanismes multilatéraux échouent ; l’équilibrage négocié des principes cède sous la pression des intérêts et du fait accompli.


 Conclusion : neuf causes, une leçon sévère


Plutôt que de s’en tenir à une morale générale, Balian énumère neuf causes principales de l’échec : l’alternative militaire azerbaïdjanaise patiemment renforcée ; l’illusion arménienne du « gain de temps » ; le maximalisme des deux camps ; les erreurs et la rhétorique provocatrice de 2018–2020 ; l’incapacité à préparer les opinions ; l’exclusion de la RHK ; l’échec à traiter la sécurité comme cause profonde ; l’absence d’outils coercitifs (incitations, sanctions, échéances) ; et enfin la géopolitique des coprésidents, aggravée par une dépendance énergétique européenne croissante.

Le fil rouge n’est pas la fatalité, mais la responsabilité. Pour Balian, l’issue catastrophique était évitable. C’est ce qui donne à son livre sa tonalité singulière : un travail froid, précis, presque clinique — et pourtant hanté par une question brûlante, celle d’une paix qui aurait pu exister, si la lucidité stratégique avait prévalu sur le confort du statu quo, si les sociétés avaient été préparées au compromis, et si la médiation internationale avait voulu — et pu — dépasser la simple administration de l’impasse. 


(1) Anatomy of Peacemaking: Nagorno-Karabakh Conflict & Missed Opportunities (Palgrave Macmillan, 2026, 176,57 euros sur le site Amazon)


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
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Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
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En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
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Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
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Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.