UNE DIASPORA EN RESISTANCE

À deux mois du scrutin législatif du 7 juin 2026, rendez-vous électoral crucial pour l'avenir de l'Arménie, la transnation arménienne s'est réunie à Paris les 11 et 12 avril 2026. Organisée à la Maison de la Mutualité, cette conférence de mobilisation de la Diaspora arménienne a bénéficié de la logistique et des réseaux de la FRA Dachnaktsoutioun en Diaspora et s'est donnée pour mission de faire entendre une autre voix, un autre positionnement politique articulé autour de la défense intransigeante de la Cause arménienne. Dans un contexte de crise existentielle sans précédent, cet événement a marqué l'émergence d'un contre-narratif face au discours officiel d'Erevan, une affirmation claire d'une arménité fondée sur la résistance et la dignité — et non sur la résilience passive

Dès la séance d'ouverture, marquée par les interventions des deux catholicos, Karékine II et Aram Ier, ainsi que par la présence d'Ashot Danielyan, président de l'Assemblée nationale d'Artsakh par intérim, et d'Armen Rustamyan, représentant du Bureau de la Fédération révolutionnaire arménienne, le cadre était posé. La tonalité, à la fois solennelle et politique, a insisté sur la nécessité d'une mobilisation globale de la Diaspora face à une crise nationale qui menace l'existence même de la nation arménienne. Il ne s'agit plus simplement de préserver un héritage mémoriel, mais de construire un projet politique porteur d'espoir et de dignité collective. La conférence reste dominée par trois registres : la mémoire, l'identité et le plaidoyer. Ces registres sont essentiels, mais suffiront-ils à produire une stratégie globale ? La question décisive, comment transformer une Diaspora fragmentée en acteur structuré au service d'un projet national cohérent, demeure largement ouverte. La forte présence d'acteurs liés aux structures traditionnelles, notamment proches de la FRA, donne à l'ensemble une cohérence idéologique mais limite la pluralité des approches. Les nouvelles formes d'engagement diasporique, plus horizontales, plus professionnelles ou plus connectées aux logiques globales, sont encore peu visibles.

Premier panel

Le premier panel a réuni des profils issus du plaidoyer et de l'expertise. Vahan Zanoyan, économiste et conseiller en sécurité nationale, a incarné une tentative de rationalisation stratégique du rôle diasporique. Son discours a été particulièrement remarqué pour sa lucidité sur les défis structurels auxquels fait face la nation arménienne. Il a noté à juste titre le défaut de leadership, constatant que le dernier dirigeant arménien digne de ce nom aura été Aram Manoukian, premier président de la république arménienne en 1918. Gegham Stepanian, défenseur des droits humains d'Artsakh, a apporté une légitimité morale fondée sur l'expérience du terrain et le témoignage d'une résistance quotidienne contre l’effacement de son pays et de son peuple par le régime de Pachinian. Elisabeth Chouldjian, directrice de la communication du Bureau américain de la Cause arménienne (ANCA), a représenté la dimension structurée du lobbying arménien aux États-Unis. Jonathan Spangenberg, Arménien d’adoption et président du Conseil central des Arméniens d'Allemagne, et Giro Manoyan, figure centrale de la Cause arménienne dans son pays, ont complété un panel homogène idéologiquement, tous insistant sur la nécessité d'un agenda politique diasporique fort et cohérent. 



Deuxième panel

Le deuxième panel a marqué un recentrage sur la question identitaire et religieuse. Ishkhan Saghatelyan, figure politique de la FRA en Arménie, y a côtoyé des représentants de l'Église comme l'évêque Grigor Khachatryan, primat du diocèse de l'Église arménienne en France, et l'archevêque Chahé Panossian, primat du Liban. Le pasteur Sarkis Mesropian, acteur communautaire aux États-Unis, et le père Karnik Kouyoumian à Montréal, qui a apporté une touche diasporique, ont tenté d'incarner la continuité institutionnelle entre Église et Diaspora. L'ensemble de ces interventions a insisté sur le rôle fondamental du religieux comme vecteur de cohésion et de résistance culturelle face aux menaces qui pèsent sur l'identité arménienne. 


Troisième panel


Le troisième panel a constitué le moment le plus révélateur des tensions internes et des défis auxquels fait face la Diaspora dans son rapport à l'opposition arménienne. Il a réuni notamment Vazgen Manoukian, figure majeure du Comité Karabagh et ancien Premier ministre d'Arménie, dont la présence, chargée d'histoire, donne une profondeur certaine aux débats. À ses côtés, Harut Sassounian, analyste politique et éditeur du California Courier, incarne une Diaspora engagée. Sarkis Shahinian, représentant des organisations suisses, s'est voulu offensif en soulignant les points douloureux qui empêchent le logiciel politique arménien de se moderniser. Tigrane Yegavian, journaliste à France Arménie, analyste et chercheur à l’Institut des chrétiens d’Orient, a introduit une lecture plus réflexive des mutations en cours à l’aide de références académiques. Hagop Pakradouni, membre du Bureau de la FRA au Liban, a rappelé le rôle du Moyen-Orient dans la revitalisation de la Diaspora arménienne ainsi que la crise dramatique qui meurtrit les communautés arméniennes de Syrie, du Liban et de l'Iran. C'est ici que se pose une question cruciale sur l’alternative politique proposée par l'opposition en Arménie. Force est de constater qu'à ce jour, elle n’a pas fait preuve d'une véritable autocritique quant aux échecs passés et aux responsabilités partagées dans la situation actuelle. Le risque majeur est l’absence d’une vision stratégique claire qui réponde aux priorités spécifiques de la Diaspora au profit de leur propre agenda politique en Arménie. On peine à voir émerger une stratégie inclusive et réaliste, tant l'opposition en Arménie semble engloutie dans des querelles d'égos et des logiques partisanes qui empêchent toute pensée collective cohérente. Cette absence de vision commune constitue un obstacle majeur à la construction d'un projet national unifié. A travers cette conférence, on a néanmoins vu se constituer des convergences. Cela sera-t-il suffisant ? 


Quatrième panel


Le quatrième panel enfin, a esquissé une possible évolution. Raffi Kalfayan, juriste en droit international et ancien responsable à la FIDH, incarne une approche professionnalisée du combat politique, centrée sur les instruments juridiques. Karnik Kerkonian, avocat américain engagé sur les droits des Arméniens d'Artsakh, et Kaspar Karampetian, président du Bureau européen de la Cause arménienne, témoignent d'une structuration transnationale du plaidoyer. Le professeur Hagop Guludjian, universitaire à UCLA, a apporté une dimension académique et culturelle innovante. Ce panel se distingue par la présence de profils plus techniques, plus internationaux, porteurs de méthodes renouvelées et d'une approche moins enfermée dans les logiques partisanes classiques. 


Malgré l'effort d'inclusivité perceptible dans l'organisation de cette conférence, malgré l’union et la solidarité affichée avec l’Eglise apostolique, il convient de déplorer l'absence notable d'autres acteurs majeurs de la Diaspora arménienne, à commencer par l'UGAB, pourtant invitée comme de nombreuses organisations diasporiques, dont la participation aurait enrichi le débat et renforcé la représentativité de l'événement. Cette absence souligne la fragmentation persistante du monde diasporique arménien et la difficulté à construire une plateforme véritablement commune. Si l'effort d'ouverture est réel, il reste insuffisant pour prétendre parler au nom de l'ensemble de la transnation arménienne. Pour contrer ce manque, les organisateurs dans la table ronde finale de synthèse ont insisté sur la nécessité de poursuivre ce dialogue au-delà des échéances électorales à venir et d’élargir le champ des intervenants. Un premier rendez-vous en visio a été fixé sur les thématiques des 4 tables rondes à la fin du mois de juin. Pour la première fois depuis longtemps, l'apport majeur de cette conférence - un contre-narratif cohérent - a été formulé en opposition au discours porté par ce qui est désormais appelé « l'Arménie réelle », cette rhétorique de l'acceptation et de l'accommodation qui domine le discours officiel d'Erevan. Face à ce narratif de la soumission déguisée en pragmatisme, la conférence de Paris a affirmé une arménité résistante, et non résiliente. Il est essentiel de comprendre cette distinction : la résilience implique une capacité à encaisser les coups, à s'adapter, à survivre dans l'adversité, mais sans nécessairement s'opposer ou transformer les conditions de cette adversité. Quant à la résistance, elle porte en elle une dimension active, combative, une volonté de ne pas plier, de ne pas accepter l'inacceptable, de défendre la dignité collective coûte que coûte. C'est précisément cette notion de dignité qui a irrigué les débats et les interventions. L'impératif de dignité n'est pas incompatible avec l'exigence de pragmatisme, bien au contraire. 

Face à l'ampleur des défis existentiels qui menacent la transnation arménienne, il ne s'agit pas de choisir entre un idéalisme irréaliste et un réalisme cynique. Il s'agit de construire une politique fondée sur le refus de l'humiliation, sur la défense intransigeante des droits nationaux, tout en mobilisant les outils concrets de l'action politique, juridique et diplomatique. La dignité, loin d'être un luxe ou un slogan, devient ici le socle même de toute stratégie viable. De sorte que cette conférence a donné l'image d'un monde arménien en lutte, refusant le discours révisionniste d'Erevan et hostile à toute remise en cause des symboles nationaux. Une Diaspora à la croisée des chemins, entre des figures historiques parfois en décalage avec les réalités actuelles et une nouvelle génération qui émerge lentement, porteuse d'un potentiel de renouvellement réel. Entre État affaibli et Diaspora dispersée, le défi reste entier : construire non pas seulement un discours commun, mais une architecture politique capable d'articuler ces deux dimensions.


Tous les participants partageaient l'avis que le rendez-vous du 7 juin 2026 constituera un moment capital et qu'il revient à la Diaspora de se mobiliser massivement pour faire gagner les forces opposées à l'actuel gouvernement. Ce scrutin représente bien plus qu'une simple échéance électorale : c'est un référendum implicite sur l'avenir de l'Arménie, sur sa capacité à résister aux pressions extérieures et à défendre ses intérêts vitaux. La Diaspora, en tant que force politique organisée, a un rôle décisif à jouer dans cette bataille. Au total, cette conférence apparaît comme un moment important de cristallisation. Elle exprime une volonté réelle de mobilisation et une inquiétude profonde face à la situation nationale. Malgré les divergences, malgré les tensions entre Arménie et Diaspora, malgré l'absence encore criante d'une vision stratégique claire et autonome répondant aux priorités de la Diaspora, une forme d'union sacrée semble possible. Non pas comme un slogan, mais comme un processus.


À condition que le passage de relais s'opère réellement, que les logiques d'appareil s'effacent au profit d'une approche plus ouverte, et que la Diaspora accepte de se penser non pas seulement comme mémoire ou comme Cause, mais comme acteur politique structuré au service d'un projet commun. La conférence de Paris n'a pas encore produit cette synthèse. Mais elle en a, peut-être, esquissé les contours, au travers de son appel final, en affirmant haut et fort qu'une arménité résistante, fondée sur l'impératif de dignité, reste compatible avec l'exigence de pragmatisme face à l'ampleur des défis existentiels qui menacent la transnation arménienne. Il était temps et en soi c’est déjà beaucoup !


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.