Sevan Ananian : “ Nous avons montré comment les Arméniens ont participé à l’histoire d’Alfortville ”

Comment les Arméniens rescapés du Génocide ont-ils vécu leur installation à Alfortville ? Quel regard le pays d’accueil a-t-il porté sur leur intégration ? Fruit d’un partenariat entre la MCA d’Alfortville et l’Association ARAM de Marseille, l’exposition organisée à Alfortville par l’historien Sevan Ananian, avec le soutien de la municipalité, revient sur cette période. 


PROPOS RECUEILLIS PAR VAROUJAN MARDIKIAN

 

France Arménie : Pourquoi avoir organisé cette exposition (1) ?

Sevan Ananian : L’idée nous a été suggérée par la Municipalité d’Alfortville, l’an dernier, dans le cadre des célébrations des 140 ans de la création de la commune. Il s’agissait de montrer comment les Arméniens avaient participé à l’histoire de la ville. Il nous a semblé qu’un tel sujet méritait d’être traité en profondeur, dans ses multiples dimensions. Or, de par mes recherches antérieures, et avec les documents que nous avions collectés depuis 2023 dans le cadre du partenariat entre la Maison de la Culture arménienne (MCA) d’Alfortville et l’Association pour la Recherche et l’Archivage de la Mémoire arménienne (ARAM), nous avions suffisamment de matière et d’expertise pour mener à bien ce projet.


Cette exposition que vous avez réalisée est donc le fruit d’une collaboration entre la MCA d’Alfortville et l’Association ARAM de Marseille. Comment celle-ci s’est-elle concrétisée ?

En 2023, la MCA et ARAM ont convenu d’un partenariat. L’idée était de permettre à ARAM de travailler plus efficacement en région parisienne grâce à un local mis à sa disposition dans l’annexe de la MCA, ainsi qu’un soutien matériel et humain conséquent. Je suis membre des deux associations, ce qui facilite les choses, et avec moi, une dizaine de bénévoles participe aux activités de recueil, d’archivage, de numérisation et de valorisation des documents. Nous sommes heureux de prêter main-forte à l’équipe de Marseille qui a réuni depuis plus de trente ans des tonnes de documents, par dizaines de milliers, et est devenue un passage obligé pour de nombreux chercheurs, documentaristes, artistes, particuliers et associations qui se renseignent sur le passé des Arméniens de France.

Je dois préciser que j’ai pris la responsabilité de cette exposition, et j’ai bénéficié pour cela d’une totale liberté. Il est donc bien évident que ni la MCA ni ARAM ne sont redevables des choix que j’ai opérés et n’auraient aucunement à répondre à d’éventuelles critiques. Reste que la collaboration entre ces deux associations a été déterminante et leur soutien indispensable. La communauté arménienne, et la société française d’une façon générale, a la chance de pouvoir compter sur un immense réseau d’associations par lesquelles les individus, selon leurs aspirations et leurs sensibilités, fédèrent leurs énergies, agissent par et pour eux-mêmes, sans attendre d’en haut, dans une multitude de domaines.


Comment la Municipalité d’Alfortville a-t-elle accueilli le projet ?

La Municipalité, poursuivant une tradition ininterrompue depuis les années 1960, soutient activement les associations arméniennes, en particulier la MCA, qui a fait la preuve, en 50 ans d’existence, de son savoir-faire et de son utilité. La ville assume fièrement son caractère multiculturel et revendique sa part arménienne comme constitutive de son identité.

Nous avions exposé vingt panneaux lors du festival des associations arméniennes d’Alfortville « Festiv’hay » en juin 2025, en plein air, sur une journée. La Municipalité nous a proposé de renouveler l’expérience sur une semaine entière, dans son bel espace culturel « Le 148 », en mettant à notre disposition tous les équipements nécessaires. Cela nous a laissé le temps de l’enrichir considérablement, notamment grâce à la confiance de personnes qui nous ont prêté de superbes objets et documents familiaux, dont certains rarissimes. Aux panneaux s’ajoutent donc des vitrines, devant lesquelles le public peut accéder à une connaissance à la fois plus complète et plus sensible de la vie de la première génération d’Arméniens arrivée en France.


Quel a été le programme de cette exposition ?

Nous avons accueilli un cycle de conférences avec Boris Adjemian sur la Bibliothèque Nubar et son premier conservateur Aram Andonian, Patrice Djololian sur la collection de photographies de son père Krikor qui dirigeait le célèbre Studio Arax, et Astrig Atamian sur les communistes arméniens en France. Nous avons eu le plaisir d’écouter le trio Sevana Tchakerian. Des classes du collège arménien Kevork Arabian et du lycée Maximilien Perret ont pu aussi profiter d’une visite guidée gratuite.


Qu’attendez-vous des visiteurs de l’exposition, ainsi que des politiques et des médias, après son déroulement ?

Nous n’avons pas conçu cette exposition pour offrir un prêt-à-penser au visiteur. A chacun de prendre connaissance de son contenu, de se confronter aux documents et d’en méditer le sens. Pour ce qui me concerne, j’espère qu’elle contribuera à développer l’idée que les Arméniens font partie de l’histoire d’Alfortville et réciproquement. Qu’il en va de même pour tous les Arméniens dans les lieux où ils sont établis, et au-delà de notre communauté, pour tous les immigrés et leurs descendants avec la France.


Alfortville est souvent citée en exemple en matière d’intégration de sa communauté arménienne. Quelles sont les singularités de son installation, et en quoi cette exposition apporte-t-elle un regard neuf sur ses débuts ? Va-t-on jusqu’à battre en brèche certaines idées reçues ?

Je ne crois pas qu’il y ait eu beaucoup de différences entre le « village arménien d’Alfortville » et les autres communautés populaires installées en France à la même époque. Il me semble surtout que le lieu a offert la possibilité à la communauté arménienne de s’enraciner en atteignant un seuil critique, en nombre et en densité, à même d’assurer sa pérennité.

Par ailleurs, il est vrai qu’un travail d’histoire peut, ou doit, bousculer certains récits tout faits et interroger certains poncifs mémoriels. Nous nous sommes efforcés de mener un travail rigoureux et honnête, et nous avons fait des choix assumés qui mettent en évidence une réalité vécue plus complexe qu’on pouvait s’y attendre, notamment pour les questions qui touchent à ce qu’on appelle l’intégration.

A ma connaissance, on avait encore très peu montré des traces du passé qui remettent en cause les récits habituels sur l’intégration réussie. Le corpus de sources que nous avons réunies permet de remonter aux racines de cette représentation et confirme que finalement, comme l’a souligné l’historien de l’immigration Gérard Noiriel, on parlait des Arméniens et des autres étrangers dans l’entre-deux-guerres de la même manière que l’on parle aujourd’hui des Arabes, des Noirs, des musulmans, des Roms…, et que l’on parlait des juifs depuis la fin du XIXe siècle. 

Nous avons donc accordé une large place aux regards et aux représentations réciproques. La présence régulière des Arméniens d’Alfortville dans la rubrique des faits divers, les nombreux reportages dont ils font l’objet dans la presse nationale, avec un regard qui oscille entre condescendance, mépris et franche hostilité, tranchent avec l’idée répandue d’une communauté qui n’a pas fait de vague, qui n’a pas posé de problème. Et en sens inverse, dans de nombreux domaines, comme le travail, la vie familiale, la vie communautaire, même l’école d’une certaine façon, l’objectif était de cultiver l’entre-soi. A de rares exceptions près, la première génération n’a jamais appris le français.

On ne manque pas, à l’occasion du dépôt en préfecture des statuts de la première association, l’Union de la jeunesse arménienne en 1926, de montrer patte blanche en déclarant que son but est de “ faire pénétrer dans le caractère des Arméniens l’esprit de la culture française ”. Mais on se presse ensuite d’expliquer dans Haratch qu’en réalité, il doit s’agir de faire “ comme les animaux en milieu hostile, se réfugier dans notre coquille ” car “ l’environnement est néfaste ”.

“ Farouchement repliée sur elle-même ”, “ obéissant à ses propres lois ”, formant une “ enclave étrangère en terre de France ”, “ un village dont les pays les moins civilisés auraient honte ”, voilà comment l’on décrit le ghetto arménien d’Alfort-ville dans ces années-là.


L’intégration est au cœur de cette exposition. C’est une question plus centrale que jamais, aujourd’hui en France. Mais ne pensez-vous pas que contrairement aux années 80 et 90, les politiques et les médias ont tendance désormais à confondre intégration et assimilation ? Cette confusion n’est-elle pas préjudiciable à l’équilibre de la société et au vivre ensemble ?

J’observe que, depuis une vingtaine d’années, le conservatisme identitaire s’est partout banalisé de façon inquiétante. Il est vrai qu’au tournant des années 1980, comme l’a montré Vincent Martigny dans Dire la France (Presses de Sciences Po, 2016), nous avons connu un moment multiculturel assumé à la tête de l’Etat. Mais il s’est révélé n’être qu’une parenthèse.

Je dois avouer qu’à titre personnel, je regrette la façon dont les Arméniens sont de plus en plus souvent décrits en parangons de l’intégration réussie, pour mieux stigmatiser en creux d’autres communautés, issues de l’immigration coloniale et postcoloniale. Et je déplore aussi que certains parmi nous s’enorgueillissent bien aisément de cette récemment acquise « blanchité honoraire », pour employer un concept des études postcoloniales.


Cette exposition d’Alfortville est-elle vouée à devenir itinérante ?

Elle peut l’être sans trop de difficulté. Nous avons déjà été sollicités par le CNMA de Décines, qui la présentera pour un mois à partir du 23 mai 2026.


Au fond de vous, formez-vous le vœu que cette expérience inspire d’autres spécialistes chevronnés et bonnes volontés pour retracer, en d’autres lieux de France, l’histoire de l’installation de communautés arméniennes locales dans les années post-génocidaires ?

Ce serait une bonne idée. ARAM a présenté il y a trois ans une superbe exposition sur l’arrivée des Arméniens à Marseille et le Camp Oddo par lequel plusieurs milliers de ces réfugiés ont transité.

En région parisienne, nous espérons recueillir suffisamment de documents provenant des différentes localités dans lesquelles les Arméniens se sont installés dans les années 1920-1930 pour pouvoir présenter à terme une exposition plus ambitieuse sur une échelle plus large.

Il faudrait aussi pouvoir travailler sur une échelle de temps plus longue et étudier les vagues d’immigrations ultérieures, en provenance du Moyen-Orient et d’Arménie.


(1) « Alfortville, un village arménien, Années 1920-1930 » : exposition présentée du 13 au 19 avril, à l’Espace culturel « Le 148 », 148, rue Paul Vaillant-Couturier – 94140 Alfortville.


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    L'Union de la jeunesse d'Alfortville

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    Une famille arménienne d'Alfortville

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    Les scouts du Homenetmen prenant le bus à Alfortville

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par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
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Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.