Massacre à huis clos en Iran

Par Tigrane YEGAVIAN 

Des risques considérables en cas de durcissement de la crise 


Erévan a indiqué ne plus pouvoir joindre la communauté depuis plusieurs jours à cause des coupures. Si la crise dure plusieurs mois, les pénuries, l’inflation, l’insécurité vont frapper les couches les plus aisées sans discrimination. L’hypothèse de la multiplication d’affrontements avec l’entrée en scène d’acteurs armés périphériques (Kurdes et Baloutches), se greffe à la hantise d’un chaos généré par la criminalité.

De son côté, l’Arménie devra faire face à de nouvelles vagues d’arrivées sur son sol et à la hantise de voir son commerce bilatéral avec l’Iran obstrué par les événements. Les chiffres officiels arméno-iraniens attestent d’un commerce bilatéral de 737 millions de dollars en 2024 avec un objectif d’un milliard. Convoquant l’ambassadeur d’Arménie en Iran, les Affaires étrangères iraniennes ont critiqué les rassemblements d’Iraniens en Arménie près de l’ambassade, accusant Erévan de tolérer une activité “hostile”. L’Arménie doit donc tenir une posture difficile : ne pas apparaître comme base arrière d’une opposition iranienne, tout en restant fidèle à ses principes et à sa sécurité intérieure. Ce qui explique sans doute pourquoi les rassemblements ultérieurs ont été dissipés par les forces de l’ordre. 

Un Iran durablement instable peut changer la donne au Sud-Caucase (priorités iraniennes, gestion des frontières, bandes criminelles, pressions sur les routes). Plusieurs analyses insistent sur le rôle de l’Iran comme “lifeline” [Ndlr : bouée de sauvetage] économique/logistique pour l’Arménie. A l’évidence, l’onde de choc sera sévère même si à l’heure où nous écrivons ces lignes l’hypothèse d’une chute du régime demeure hautement improbable. Interrogé par nos confrères de Civilnet, le grand historien arméno-iranien Ervand Abrahamian, défend l’idée que si la théocratie iranienne venait à tomber, le scénario le plus probable serait le règne de l’anarchie au lieu d’une transition démocratique avec la restauration du shah perçu comme une marionnette des Israéliens et des Occidentaux. 


 Opportunités limitées et risques réels pour l’Azerbaïdjan d’Aliev

La persistance des troubles en Iran, leur ampleur et leur possible inscription dans la durée obligent les acteurs régionaux à ajuster leurs calculs stratégiques. Parmi eux, l’Azerbaïdjan occupe une position singulière : voisin direct, lié à l’Iran par une frontière sensible et par l’existence de plusieurs millions d’Azéris iraniens, Bakou observe la crise avec un mélange d’intérêt tactique et d’inquiétude profonde. Dans l’espace médiatique et politique azerbaïdjanais, la question des « Azerbaïdjanais d’Iran » – souvent désignés sous l’expression de « Sud-Azerbaïdjan » – refait régulièrement surface à la faveur des manifestations. Certains discours laissent entendre que la crise actuelle pourrait rouvrir un dossier identitaire longtemps tenu en marge, notamment dans le nord-ouest iranien. Pour Ilham Aliev, cette thématique constitue un instrument utile à double titre : elle nourrit une mobilisation nationaliste interne et sert de levier de pression indirect sur Téhéran, surtout si le régime iranien apparaît fragilisé. Mais cet outil est manié avec prudence. L’histoire récente montre que l’État iranien, en période de crise, tend à désigner des acteurs extérieurs comme responsables des troubles. Les autorités iraniennes ont ainsi imputé les violences à des “ groupes terroristes ” soutenus par les États-Unis et Israël, selon plusieurs dépêches internationales. Dans ce climat de suspicion, l’Azerbaïdjan pourrait aisément devenir un coupable commode dans la narration officielle iranienne. D’où une ligne de conduite relativement constante à Bakou : exploiter symboliquement la question identitaire sans franchir le seuil de l’ingérence directe, afin d’éviter un retour de flamme diplomatique et sécuritaire.


De fait, une instabilité prolongée en Iran comporte des risques concrets pour l’Azerbaïdjan. Le premier concerne la sécurité frontalière. Les troubles peuvent favoriser les trafics (armes, drogues), des incidents locaux ou des flux de population difficiles à maîtriser, obligeant Bakou à renforcer la surveillance et à mobiliser des ressources supplémentaires. À cela s’ajoutent des effets économiques moins visibles mais potentiellement durables. Même si certains flux logistiques – ferroviaires notamment – peuvent se maintenir, l’incertitude politique, les coupures d’internet et la désorganisation administrative ont souvent des effets différés sur le commerce, les paiements et les échanges transfrontaliers. Pour une économie azerbaïdjanaise qui cherche à diversifier ses partenariats régionaux, ces perturbations constituent un facteur de fragilité. Enfin, une crise iranienne qui s’éterniserait pourrait placer Bakou devant un dilemme délicat : rester silencieux face au sort des Azéris d’Iran, ou prendre position au risque d’une confrontation directe avec Téhéran.

Un aspect souvent sous-estimé tient à la dimension symbolique des manifestations iraniennes. Pour toute autocratie régionale, voir un régime voisin contesté par des mobilisations de masse constitue un signal d’alarme. La réaction est généralement préventive et purement sécuritaire. Certains analystes occidentaux vont plus loin et évoquent la possibilité qu’un bouleversement en Iran fasse émerger des récits alternatifs – voire un pôle turcophone plus ouvert et démocratique – susceptibles de fragiliser le modèle hyper-centralisé et autoritaire d’Aliev. Sans reprendre nécessairement ces hypothèses dans toute leur radicalité, le réflexe de durcissement interne en Azerbaïdjan apparaît plausible à mesure que la crise iranienne se prolonge. Paradoxalement, le principal danger pour Bakou n’est pas tant un Iran affaibli qu’un Iran acculé et paranoïaque. Sous forte pression intérieure, le pouvoir iranien peut être tenté de durcir sa posture régionale et de désigner l’Azerbaïdjan comme responsable d’une instrumentalisation de la minorité azérie. Ce schéma n’est pas inédit : depuis plusieurs années, des analystes soulignent la tentation récurrente de Téhéran de faire de Bakou un « bouc émissaire » en cas de tensions internes. Une telle dynamique pourrait enclencher une spirale de méfiance, d’escalade verbale, voire d’incidents sécuritaires, dans une région déjà marquée par de fortes rivalités.


À court terme, le scénario le plus probable reste celui de la prudence calculée. Bakou adopte une stratégie de hedging [Ndlr : couverture] : surveillance renforcée de la frontière, usage mesuré de la rhétorique identitaire, et préparation à d’éventuels chocs économiques. À moyen terme, si l’instabilité iranienne se prolonge, l’Azerbaïdjan devra composer avec un voisin plus imprévisible, tout en gérant un durcissement interne de son propre système politique.

Enfin, dans un scénario extrême de fragmentation de l’Iran, les risques de débordements transfrontaliers et la pression nationaliste pour « protéger » les Azéris d’Iran pourraient devenir explosifs sur le plan diplomatique et sécuritaire. En somme, loin d’être une simple opportunité géopolitique, la crise iranienne apparaît pour Aliev comme un révélateur de vulnérabilités régionales et internes, où la tentation de l’exploitation politique se heurte à des risques potentiellement majeurs. 


En Iran, les protestations en cours ont démarré fin décembre 2025 sur fond d’effondrement monétaire et de crise du coût de la vie, puis ont pris une tournure ouvertement anti-régime. La répression est décrite comme très lourde. Si le décompte réel des victimes est extrêmement difficile à établir, conséquence du black-out quasi total, les quelques Iraniens ayant pu quitter le pays faisaient état de plusieurs dizaines de milliers de tués à la mi-janvier. Des sources évoquent même une stratégie d’“internet national” durable, ce qui complique la vérification et la coordination d’aide. Dans cet enfer, où en sont les Arméniens d’Iran ? Sont-ils exposés réellement, voire ciblés aussi par la répression ? 


Une communauté visible, concentrée, institutionnalisée
Les Arméniens d’Iran sont surtout présents à Téhéran, en moindre mesure à Tabriz et Ispahan dans la Nouvelle Joulfa, avec des institutions (églises, écoles, associations) et une représentation parlementaire. Les estimations démographiques varient beaucoup selon les sources ; des analyses récentes évoquent plutôt entre 60 et 80 000 personnes, bien moins que les chiffres avancés par d’autres sources. A l’est de Téhéran dans les quartiers populaires de Narmak, Majidiye et Nezamieh, sont concentrés les écoles, les églises, les clubs sportifs et culturels de la communauté. Au nord et au centre de la capitale dans les quartiers de Youssefabad et de Vanak où se trouve le grand complexe sportif Ararat dont l’équipe figurait en Ligue 1 de l’Iran, la bourgeoisie arménienne a élu domicile. De fait, les Arméniens ne sont pas spécialement ciblés par la répression et ne l’ont jamais été. Cette minorité est plutôt bien vue par le régime. “ S’il y avait des victimes arméniennes à déplorer lors de la répression, il s’agirait davantage de manifestants ou de victimes accidentelles ”. Toujours est-il que deux morts ont été renseignées, provoquant de vives inquiétudes. 

D’origine arméno-iranienne, Anahit (le prénom a été modifié) vit à Paris mais ses proches parents résident toujours à Téhéran. “ Internet est coupé depuis le 8 janvier, le premier soir des manifestations massives dans un très grand nombre de villes. Il est donc impossible de joindre les gens par WhatsApp, Signal, Telegram... Les lignes téléphoniques (mobiles et fixes) étaient également coupées pendant quelques jours. Depuis le 13 janvier, les Iraniens peuvent appeler des numéros à l’étranger depuis leurs lignes fixes, mais on ne peut pas les joindre de l’étranger. Mon frère a pu me joindre une fois, pour à peine une minute [...]. Ils n’osent pas ou ne peuvent pas parler longtemps. Il m’a juste dit qu’ils étaient sains et saufs ”. Et d’ajouter : “ Une amie proche, dont la famille vit dans une ville de province, a eu la même expérience. Sa soeur a pu la joindre une fois. Elle n’a pas beaucoup parlé. Toute la famille s’est réfugiée dans un village. Elle a parlé d’un couvre-feu qui ne dit pas son nom. Les gens sont dans un état de choc. Ils n’osent pas sortir. Internet étant coupé, les informations arrivent au compte-goutte. Chose inhabituelle, c’est le régime qui le premier a diffusé des images (vidéos, photos) des dépôts de cadavres et de morgues ” nous dit-elle en nous communiquant un rapport d’Amnesty et une vidéo filmée le 10 janvier dans une morgue à Kharzak près de Téhéran. Exilée en France, Anahit combat le régime des Mollah depuis sa jeunesse ; elle nous explique que c’est dans l’intérêt du régime que de faire passer les victimes pour des personnes abattues par “ des terroristes sionistes infiltrés dans les rangs des manifestants ”. “ Khamenei a dit lui-même dans un discours que des milliers de personnes avaient été tuées et il les a appelées des martyrs. D’autres vidéos, envoyées par des manifestants ou des observateurs, montrent des rues jonchées de cadavres, des camions qui en sont remplis, les forces de l’ordre tirant sur les manifestants. Des Iraniens qui ont quitté le pays par les frontières terrestres ont également pu témoigner. Certains parlent d’un état de guerre ”, ajoute Anahit. Au-delà de la violence de la répression, quels sont les autres risques / dangers auxquels font face les Arméniens d’Iran ? “ Ils font face aux mêmes risques que le reste de la population. Certains témoignages, non vérifiables pour le moment, font état de pénuries alimentaires qui commencent. D’autres parlent de la faillite imminente de cinq banques, notamment la banque de Sepah (contrôlée par les Gardiens de la Révolution). Il y a quelques mois, en octobre, la faillite de la banque Ayandeh (proche du régime aussi) avait précipité la crise financière ”.

par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.