Le saviez vous : La famille Zildjian une lignée de plus de 400 ans
par Marie-Anne THIL
En 1623 quand Avédis Zildjian découvrit l'alliage précieux qui lui permit de réaliser les meilleures cymbales au monde, se doutait-il que sa découverte serait d'une longévité à toute épreuve car encore aujourd'hui elles ont suivi l'évolution du paysage musical. Une histoire de famille, de savoir faire et de valeurs.
Le père d’Avédis Zildjian, arrivé en Anatolie vers 1600, trouva du travail auprès du sultan, notamment dans le coulage de bronze, pour réaliser des objets nécessaires aux bains, aux cuisines et aux harems. Avédis I, (comme il est indiqué sur le site officiel), né en 1596, suivit très jeune la carrière de son père. Il rêvait de fabriquer de l’or, cherchant différentes combinaisons de mélanges de métaux. Il reçut l’autorisation le 23 mars 1618 de fabriquer des cymbales pour la cour. Le sultan, Mustapha 1er (1591-1639), donna 80 pièces d’or à Avédis et reconnut son nom officiellement comme Zilicyan ou Zildjian (Zil en turc pour cymbale, Cy pour fabricant, et ian, le suffixe arménien pour « fils de ») en 1622.
Les cymbales et les cloches étaient faites de bronze mais Avédis I trouva un alliage particulier qui donnait une qualité sonore jamais entendue jusqu’alors. Il devint le fournisseur officiel du sultan qui lui commanda les cymbales pour le corps des Janissaires qui l’utilisaient, notamment pour les campagnes militaires ottomanes.
En 1623, Avédis I reçut l’autorisation du sultan pour ouvrir sa propre fonderie de cymbales à Samatya, quartier de Constantinople où vivaient principalement des Grecs. Il passa des années à perfectionner ses techniques de fabrication. Il ne fabriquait pas seulement des cymbales pour l’ordre militaire des Janissaires mais aussi pour les églises arméniennes et grecques qui l’utilisaient dans certains chants religieux.
En 1651, Akham, le fils aîné d’Avédis I, hérita de l’entreprise et du secret de fabrication de son père. Dès lors, jusqu’au début du 18e siècle, les noms des successeurs d’Avédis et de son fils ne sont pas connus ; c’est ensuite Avédis II qui ouvrira l’entreprise au marché international en exportant vers l’Europe, répondant ainsi à la demande croissante d’instruments de musique de qualité par les compositeurs qui, dès 1680, intégrèrent les cymbales à leurs compositions. Ainsi, le compositeur et violoniste allemand Nicolaus Strungk (1640-1700) fut le premier et l’utilisa dans son opéra Esther, puis Christoph Gluck dans Iphigénie en Tauride (1779), Wolfgang Amadeus Mozart dans L’Enlèvement au sérail (1782), et Joseph Haydn dans la Symphonie militaire (1793).
Tournées spectaculaires en Europe
Avédis II présenta ses cymbales dans les pays européens, remportant des médailles notamment lors des expositions de Paris et Londres en 1851, puis de Londres en 1862. Il mourut en 1865 et ses deux fils étant trop jeunes pour lui succéder, le contrôle de la société revint à son frère, Kérope, qui poursuivit les expositions et concours où il remporta des prix à Paris (1867), Vienne (1873), Boston (1883), Bologne (1888) et Chicago (1893). En 1909, l’année de sa mort, Kérope confia le secret du processus de fabrication à la famille d’Avédis II. Ce fut Aram, le second fils d’Avédis II qui reprit la succession.
Premiers massacres d’Arméniens en Turquie
L’ascension au pouvoir du sultan Abdülhamid (connu en Europe comme « le Grand Saigneur ») entraîna les violents massacres des Arméniens, entre 1894 et 1896. Le nombre de victimes est estimé à plus de 200 000. Pour leur défense, les Arméniens s’organisèrent en formations révolutionnaires. Selon l’essai très détaillé d’Audrey M. Woziak Forging a Lineage: Kinship, Mobility, and the Zildjian Cymbal, “ Aram rejoignit un groupe arménien de nationalistes pour participer à l’assassinat du sultan en 1905 ”. Le complot échoua et Aram dut se réfugier à Bucarest. Il ouvrit un atelier de cymbales sous le même nom tout en gardant le contact avec celui de Constantinople. Il resta à Bucarest jusqu’en 1936, puis gagna les Etats-Unis. Il légua le secret de la fabrication des cymbales à son neveu, Avédis III qui s’était installé en 1909 dans le Massachusetts. C’est à Quincy dans cet Etat, qu’ils créèrent la première fonderie de cymbales Zildjian.
Jazz et cymbales
C’était la période de l’essor du jazz. En 1930, Avédis III rencontra le batteur et chef d’orchestre, Gene Krupa (1909-1973) qui l’aida à adapter les cymbales de parade en l’encourageant à en fabriquer des plus fines.
Sur le site web actuel, la chronologie de la Zildjian Company, relative à l’année 1936, attribue les innovations d’Avédis en matière de cymbales au fait qu’il a “ rapidement accueilli les talentueux musiciens afro-américains qui menaient le mouvement jazz. Ayant lui-même subi des discriminations durant son enfance en tant qu’Arménien vivant en Turquie, Avédis III jure qu’il n’y aura aucune place pour la discrimination au sein de la Zildjian Company. L’histoire d’Avédis III est celle d’une intégration réussie et des bienfaits qui en découlent, incarnés par le rêve américain ”.
Avédis III transmit le secret du processus de fabrication des cymbales à son fils Armand qui, à 14 ans, travaillait dans la salle de fusion de l’usine. Il était déjà un batteur passionné. En 1945, Armand revint de la guerre. “ La société employait 15 personnes, augmentant la production à 70 000 cymbales par an. Armand travailla au plus près avec les grands noms du jazz comme Gene Krupa, Buddy Rich, Max Roach, Shelly Manne, Elvin Jones et Tony Williams ”. En 1963, il introduisit la « Charleston New Beat » (1). En 1964, lorsque les Beatles se produisirent dans la très populaire émission de variétés, The Ed Sullivan Show, la demande des cymbales explosa. A la fin de l’année, 90 000 cymbales étaient en attente de livraison. Dix ans plus tard, Armand ouvrit une nouvelle usine à Norwell dans le Massachusetts. C’était le 350e anniversaire de l’entreprise. Il en devint le président, l’ouvrant à sa petite-fille, Craigie Zildjian. En 1979, Avédis III décéda et Armand prit les commandes. Il fut nommé président du conseil d’administration en 1980.
Innovations révolutionnaires
Au début des années 1980, Armand réinvestit les bénéfices pour financer des outils nouveaux dans la fabrication, tels que “ le four rotatif, les laminoirs à double rouleau et le martelage aléatoire contrôlé par ordinateur ”. Un an plus tard, il redonna vie à la légendaire ligne ‘K’ artisanale (nommée d’après Kérope Zildjian) (2).
En 1986, le fils d’Armand, Rab Zildjian, inaugura le premier « Zildjian Day », une journée complète dédiée à la batterie, qui devint rapidement un modèle pour les « Percussion Days » dans l’industrie musicale. Deux ans plus tard, il installa une usine de fabrication de baguettes en Alabama. Elles devinrent rapidement le choix privilégié des batteurs. En 1980, furent créées avec le batteur américain, Vinnie Colaiuta, la série de cymbales « A Custom » (3). En 1996, Zildjian devint la première entreprise de percussion au monde à obtenir la prestigieuse certification de qualité ISO 9001.
L’année 1999 voit l’année des femmes au pouvoir de cette dynastie. Armand Zildjian nomme sa fille Craigie, directrice générale. C’est la première femme à occuper ce poste. Quelques années plus tard, après le décès d’Armand en 2002, “ La 15e génération des Zildjian, composée de Cady et Emily (les filles de Debbie, soeur de Craigie) et de Samantha (la fille de Craigie), poursuit la tradition de l’implication familiale dans la plus ancienne entreprise familiale des États-Unis ”.
Aujourd’hui, les innovations se poursuivent. La série « K. Custom Hybrid » (4) reçoit les plus prestigieuses récompenses. En 2025, Zildjian annonce la reprise de la « 22″ Mega Doom ». Conçue en 2021, en quantité limitée, cette “ cymbale monstrueuse de 22″ qui pousse des crashes sombres et complexes avec une projection infinie… ” est de retour !
Dans une interview que Craigie Zildjian donna en 1980 au Drummer’s journal, elle déclara : “ Nous sommes la plus ancienne entreprise du secteur musical et l’une des plus anciennes entreprises familiales d’Amérique ”. C’est toujours le cas aujourd’hui.
Pour aller plus loin : L’histoire de la marque Zildjian et Zildjian – official website – cymbals, headsets, e-drums, sticks
(1) “ La Charleston New Beat est considérée comme l’une des cymbales les plus polyvalentes au monde. Imaginée par le batteur Louie Bellson qui a notamment joué avec de grands musiciens dont Benny Goodman, Tommy Dorsey, Harry James et Duke Ellington ”. (In Zildjian A 14” new beat hi-hat | Algam Webstore
(2) “ Toute la courbure de la cymbale est martelée pour lui donner sa forme, une technique qui rappelle celles utilisées au milieu du XXe siècle pour fabriquer les K d’antan. Le motif de tournage complexe accentue le son de la baguette et favorise le jeu aux balais, tandis qu’un procédé unique d’encaustiquage concentre le son. ”. (In Kerope, une légende renaît).
(3) “ Reconnu pour leur finition éclatante remarquable, les cymbales « A Custom » présentent des rainures tonales uniques et des profils plus bas. Ensemble, ces caractéristiques produisent une cymbale au son plus lisse, plus cristallin et plus brillant, offrant plus de flexibilité lorsqu’on la frappe. ”. (In A Custom Cymbals | Zildjian – Zildjian)
(4) “ Descendantes directes de la série K, les « K Custom » élargissent la palette sonore du jazz contemporain. Grâce à de nouveaux procédés de martelage et à une combinaison entre vintage, moderne et tradition, le son des « K Custom » est unique : plus sec, et le caractère de chaque cymbale plus tranché ”. (In PACK ZILDJIAN K CUSTOM HYBRID + CRASH 18)

par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.

En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.

Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։





