Le Nouvel ordre post-occidental selon Alexandre del Valle
Dans son dernier ouvrage, le géopolitologue Alexandre Del Valle décrypte les grandes transformations géopolitiques qui redessinent l’ordre mondial : montée des puissances du Sud, recul de l’influence occidentale, retour des logiques impériales et multiplication des zones de tension. Dans cet entretien, il revient sur les tendances profondes qui structurent le XXIe siècle et leurs conséquences pour les États pris dans ces recompositions.
PAR TIGRANE YEGAVIAN
PAR TIGRANE YEGAVIAN

France Arménie : Dans votre ouvrage, vous montrez que le monde post-occidental se caractérise par l’affirmation de pôles civilisationnels et géopolitiques concurrents. Où situez-vous le Caucase dans cette recomposition ? Est-il un simple théâtre d’affrontement entre puissances extérieures (Russie, Turquie, Iran, Occident) ou un espace devenu structurant pour le nouvel ordre émergent ?
Alexandre Del Valle
: Dans mon essai, le Caucase détient une place très importante car il se situe dans une aire majeure entre le Rimland atlantiste et le Heartland russe, sur une zone de contact disputée par quatre empires au moins : russe, américain, turc et iranien. Cette aire est l’un des centres nerveux de la recomposition multipolaire mondiale et comme je l’explique dans le chapitre 5 sur les conséquences de la guerre russo-ukrainienne dans le reste du monde, le Caucase a été directement impacté à maints effets par la lutte entre l’Occident et la Russie. On l’a vu depuis les années 2012-2018 en Arménie et en Géorgie à l’occasion d’alternances qui ont donné lieu à des ingérences, des actions et des réactions entre empires rivaux désireux de faire basculer dans leur sens les pouvoirs fragiles en place dans une logique d’endiguement ou de roll-back (refoulement) de l’autre. Pendant longtemps, cette région fut perçue comme un simple réceptacle des ambitions russes, turques, azéries ou iraniennes. Or, depuis la guerre de 2020, la reconquête de l’Artsakh par l’Azerbaïdjan en 2023 et le basculement stratégique de 2024–2025, le Caucase s’est mué en véritable laboratoire du nouvel ordre post-occidental. Dans cet espace structurant, se jouent désormais les nouvelles hiérarchies de puissance. La Russie n’y est plus incontestée ; la Turquie y avance ses pions avec l’assurance d’une puissance impériale redevenue sûre d’elle-même et qui profite, comme l’Azerbaïdjan, de la guerre en Ukraine (qui y a happé l’effort de l’armée russe au détriment du Caucase) ; la République islamique iranienne y retrouve un débouché naturel ; l’Azerbaïdjan se comporte en puissance régionale assumée et a pris sa revanche attendue depuis les années 1990 ; l’Arménie, quant à elle, cherche désespérément une respiration stratégique, prise entre deux feux entre son alliance traditionnelle avec la Russie voisine et ses bonnes relations géocivilisationnelles séculaires avec l’Iran, et ajoutons que le pseudo allié euro-occidental n’a rien fait concrètement pour le peuple arménien désormais dépourvu d’alliés ou protecteurs fiables en raison des choix utopiques de Pachinian. A cet égard, le mémorandum du futur accord de paix signé durant l’été 2025 sous médiation américaine — incluant notamment le corridor de Zanguézour — illustre parfaitement cette mutation : le Caucase devient un nœud logistique vital pour les routes énergétiques, pour les corridors eurasiatiques, pour la connectivité entre mers Noire et Caspienne. Autrement dit : il conditionne désormais la géopolitique de trois continents. C’est la raison pour laquelle le sort des Arméniens, et plus largement des peuples ou minorités chrétiennes du Caucase et du Proche et Moyen Orient, n’est pas un simple épiphénomène tragique : il est l’un des marqueurs les plus visibles du bouleversement en cours, un sismographe de la désoccidentalisation.
Vous décrivez la Turquie comme un acteur-pivot disposant d’une stratégie multidimensionnelle. Comment expliquez-vous la capacité d’Ankara à combiner appartenance à l’OTAN, expansionnisme néo-impérial et coopération tactique avec la Russie ? Jusqu’où peut aller cette autonomie stratégique turque ?
La force de la Turquie contemporaine réside dans son incroyable capacité à jouer sur tous les tableaux à la fois — stratégie de puissance et courtage géopolitique (“ honnest broker ” et “ maître des horloges ” régional). Membre de l’OTAN, elle n’en respecte plus l’esprit depuis le début des années 2000, mais elle en tire un avantage décisif : une forme d’immunité et de levier de chantage. Tant que la Turquie contrôle des leviers vitaux — détroits turcs entre mer Noire et Méditerranée, flanc sud de l’Alliance atlantique, pouvoir de nuisance quant aux flux migratoires, surveillance de la mer Noire, énergie — l’Alliance hésite à sanctionner son révisionnisme géopolitique, notamment son occupation-invasion-peuplement illégaux de 37 % de l’île de Chypre et sa revendication-violation des zones économiques exclusives grecques de la mer Égée. Cette marge d’impunité (La Turquie n’est pas sanctionnée malgré l’occupation d’un pays-membre de l’UE, mais la Russie l’est pour l’occupation d’un pays non-membre de l’UE et de l’OTAN) permet à Ankara de déployer une diplomatie agressive, assumant une vision néo-impériale qui articule panturquisme, panislamisme sunnite, « protection de la Palestine », révolutions arabes et récent remplacement de Bachar al Assad par Joulani/Ahmed al-Charaà en Syrie, multipolarisme et ambivalence dans le conflit russo-ukrainien consistant à aider la Russie à contourner les sanctions tout en fournissant des armes aux Ukrainiens... Ankara coopère régulièrement avec Moscou, non par affinité, mais par calcul. Russie et Turquie s’affrontent en Syrie et en Libye, se toisent en Ukraine, sont rivaux sur leur étranger proche caucasien, mais concluent des arrangements pragmatiques là où leurs intérêts convergent essentiellement contre l’Occident, contre d’autres acteurs régionaux et surtout au profit de leur realpolitik et intérêts pragmatiques. L’autonomie stratégique turque peut encore croître d’ici 2030, tant que les grandes puissances n’imposeront pas de limites fermes. Toutefois, cette trajectoire dépendra du maintien d’un équilibre fragile : une Turquie trop expansionniste risquerait tôt ou tard un clash avec Moscou ou une rupture avec l’OTAN ; une Turquie trop prudente perdrait son influence régionale. Pour l’instant, elle avance sur une crête, mais une crête maîtrisée. J’explique dans mon livre cette ambivalence de la diplomatie turque et son “ multialignement ” qui la rapproche à certains égards, d’autres acteurs “ multialignés opportunistes ” comme les Émirats, le Qatar, l’Égypte, l’Inde, le Brésil, qui mettent en œuvre un système mondial post-occidental ultra pragmatique et inclassable que l’Indien et professeur Amitav Acharya a nommé “ multiplex ”.
Dans le Caucase et au Moyen-Orient, Moscou et Ankara semblent osciller entre confrontation et coopération. Peut-on parler, selon vous, d’un “condominium russo-turc” qui marginalise les puissances occidentales et redéfinit la hiérarchie régionale ?
Le terme « condominium » est un peu exagéré pour décrire cette proximité paradoxale entre Moscou et Ankara. Les deux puissances sont en fait en désaccord sur presque tout, mais elles n’ont cessé de retrouver, depuis dix ans, un modus vivendi de circonstance : rivalité assumée, coopération utilitaire, partage tacite des zones d’influence (Syrie, Libye, Caucase, mer Noire, etc.), coopération énergétique (Turkish Stream, etc.) et, bien sûr, contournement des sanctions occidentales liées à l’agression russe contre l’Ukraine. En Syrie, en Libye, dans le Caucase, la Turquie profite de l’épuisement russe pour avancer. La Russie laisse faire lorsqu’elle n’a plus les moyens de maintenir son propre ordre. Les deux savent qu’un affrontement direct serait contre-productif ; elles préfèrent donc se coordonner pour neutraliser l’influence occidentale. Dans mon livre, je procède, pour chaque zone, par scénarii, or je n’exclue pas, une fois la guerre ukrainienne résolue et la Russie réhabilitée et désanctionnée grâce à un deal russo-américain/Trump-Poutine, un retour de la Russie dans la zone caucasienne, notamment en Arménie. Moscou ronge son frein et n’a pas dit son dernier mot. Regardons les exemples géorgien ou syrien : dans les deux cas, des « pro-russes » ont été évincés par des ingérences et opérations pro-occidentales hostiles et dans les deux cas, les Russes sont revenus en force par le haut (Géorgie), ou sont restés contre toute attente (bases militaires en Syrie). Chaque chose en son temps. Les stratèges russes ont une diplomatie de l’épuisement et de la patience froide. Le contraire de la diplomatie de la « com » et de l’instant des Occidentaux dépourvus de « Grande Stratégie » pour paraphraser l’économiste et historien américain Edward Luttwak. Ce condominium russo-turc n’est pas un traité, mais un rapport de forces mouvant, à l’instar du monde multipolaire décrit dans mon livre qui est caractérisé par les multi alignements et les « alliances » non-contraignantes. Le nouvel ordre (ou désordre) post-occidental que je décris dans mon livre éponyme, est tout sauf manichéen et cartésien. Il est pragmatique, changeant, opportuniste, et fondé sur des pactes bilatéraux et des alliances ponctuelles et cyniques. Les grandes décisions régionales sont désormais prises souvent sans l’Occident, à l’exception notable, bien sûr, des cas israélien et ukrainien, où les Etats-Unis comptent et écrasent d’ailleurs les Européens éclipsés et même humiliés. Les Européens sont de ce fait devenus souvent et dans de nombreux lieux, comme des acteurs secondaires, tolérés parfois lors de négociations, mais absents du terrain (sauf exceptions). Cette marginalisation est l’un des symptômes les plus frappants de la désoccidentalisation du système international. Et le retrait relatif des Etats-Unis de la zone Europe participe d’une stratégie d’offshore balancing, ou « équilibrage à distance », qui consiste à vassaliser encore plus le dindon de la farce européen, mais à ses frais et à ses risques et périls comme on le voit cyniquement dans la poursuite de la guerre ukrainienne et l’éviction des Européens des dernières négociations.
Alexandre Del Valle, Le Nouvel ordre post-occidental. Comment la guerre en Ukraine et le retour de Trump accélèrent la grande bascule géopolitique. L’Artilleur, 592 pages, 23 euros.

par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.

En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.

Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։





