Les « Foyers de l’espoir » pour les Artsakhiotes

Les « Foyers de l’espoir » pour les Artsakhiotes

La Croix Bleue des Arméniens de France a lancé en Arménie un programme innovant qui permettra à des familles réfugiées d’Artsakh de s’installer dans de bonnes conditions. Pour s’inscrire dans la durée.

PAR VAROUJAN MARDIKIAN

Les membres de la CBAF à l'inauguration d'une des maisons financcée par la France

2020-2023 : une période des plus noires pour les Artsakhiotes, qui ont vécu la Guerre de 44 jours, le blocus durant neuf mois et l’agression finale de l’Azerbaïdjan. Fin septembre 2023, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) a lancé une campagne d’envoi de fonds à son homologue en Arménie, la Croix de Secours d’Arménie (HOM). Le HOM a ainsi pu acheter en Arménie des denrées alimentaires, des vêtements, des produits d’hygiène pour les réfugiés arrivés dans un dénuement total.


La distribution des cartons alimentaires a débuté à Goris (sud de l’Arménie) – la première grande ville à avoir accueilli 100 000 réfugiés en quelques jours – avant de s’étendre à toutes les régions d’Arménie où les familles ont essaimé en vue de leur installation. Encore aujourd’hui, les populations arméniennes d’Artsakh, installées dans diverses régions du pays, ont besoin d’un logement, d’un travail, d’un accès à l’éducation pour leurs enfants et aux soins. Pour répondre à leurs besoins, le HOM a recherché des villes et villages avec toutes les commodités, afin de permettre à ces familles de s’intégrer dans un environnement sûr offrant toutes ces possibilités.

En février 2024, le HOM a lancé un nouveau programme de logement pour les Arméniens d’Artsakh, « Les Foyers de l’espoir ». Une opération relayée en France par la CBAF à partir de mai 2024, grâce à une aide de la Ville de Lyon. Maro Kéchichian, la présidente du Conseil régional du HOM d’Arménie, raconte sa genèse : “ Lorsque les habitants d’Artsakh se sont installés en Arménie après avoir été déplacés de force, nous ne souhaitions pas qu’ils émigrent vers un autre pays et se dispersent. Nous avons donc cherché un moyen de leur permettre de rester en Arménie. L’un de nos amis, Ivan Artaldjian, avait acheté une maison qu’il avait donnée à une famille d’Artsakh. Cette maison était également entourée d’un terrrain. Cet ami m’a parlé de son idée qui m’a immédiatement séduite. Bien sûr, nous n’aurions pu mener à bien ce projet seuls. Nous nous sommes tournés vers le Conseil central du HOM, qui l’a accueilli avec enthousiasme et nous a encouragés à nous y atteler. Il fallait acheter des maisons. Des projets ont vu le jour en Diaspora, de l’argent a été collecté et des maisons ont été achetées dans différents villages. Afin d’avancer pas à pas et de façon efficace, nous avons décidé de fournir des maisons à au moins dix familles d’ici octobre 2025, afin qu’elles puissent se consacrer à l’agriculture et rester attachées à leur patrie. ”


Ainsi, le HOM a choisi la province de Chirak (nord-ouest du pays) comme région-pilote. La guerre de 2020 et le déplacement forcé de 2023 ont entraîné l’installation de plus d’un millier de familles artsakhiotes dans la région, soit 2 900 âmes au total. La ville de Gumri et les communautés rurales environnantes sont devenues des lieux de résidence temporaire ou permanente, selon les familles.


Ces localités offrent des solutions en matière de soins, de travail et d’éducation. Akhourik, notamment, possède déjà une maternelle et une école primaire rénovées, et se situe sur les axes routiers nord-sud qui permettent une circulation facilitée vers Gumri ou Akhourian. Le HOM y a acquis des domaines qu’il réhabilite à ses frais afin d’offrir aux familles un confort notable. La ville d’Akhourian dispose d’un centre de soins, « Centre la Mère et l’Enfant », financé également par le HOM, où les soins des femmes enceintes et des enfants sont pris en charge gratuitement jusqu’aux 18 ans de l’enfant. Ce centre a déjà accueilli depuis septembre 2023 plusieurs femmes d’Artsakh qui y ont donné naissance à leurs enfants.


A l’occasion du 115e anniversaire du HOM, environ 400 de ses représentants venus de 26 pays, dont une vingtaine de France, ont pris part le 16 octobre 2025, parmi les événements organisés à cette occasion, à la cérémonie d’inauguration, à Akhourian, de la maternelle au nom symbolique de « Hékiat » (« conte », en arménien). 60 enfants débordant d’enthousiasme attendaient ce moment avec une impatience non dissimulée. L’encadrement de l’école, aussi : Lianna Haroutiounian, sa directrice, a révélé que toute son équipe n’avait pu trouver le sommeil la veille de l’inauguration !



Des maisons attribuées


sous certaines conditions


Plusieurs responsables de la province de Chirak ont mis leurs compétences au service du HOM, dans le cadre de la réalisation de son programme. Le HOM a pu compter sur le soutien de la secrétaire de son administration régionale, Hripsimé Nahapétian, qui vit dans la province depuis 30 ans et connaît parfaitement les ressorts de son administration, et de l’ancien maire d’Akhourian, Artsroun Iguitian, qui a apporté son aide précieuse.


A l’automne 2025, 10 familles d’Artsakh ont pu ainsi être logées, conformément à l’engagement pris. Et plusieurs villages de la même région sont prêts à accueillir une trentaine de familles. Mais l’installation de ces réfugiés dans leur maison se fait sous certaines conditions : ils devront y habiter pendant 10 ans, cultiver le terrain qui l’entoure, et ils ne pourront pas vendre la maison, sauf en cas de possibilité de retourner vivre en Artsakh. Si les responsables du programme sont convaincus de l’attachement de la famille à la maison et à la terre, l’habitation lui sera attribuée au terme des 10 ans.


Comment le HOM a-t-il procédé pour sélectionner les familles artsakhiotes bénéficiaires de ce programme dans la région de Chirak ? Ne connaissant pas tous les résidents d’Artsakh venus s’installer dans les différentes localités de la province, les cadres du HOM, comme l’explique Maro Kéchichian, “ rencontrent d’abord les responsables administratifs de chaque village, leur demandent une liste des résidents de l’Artsakh qui y vivent et discutent de leur situation ”, tout en privilégiant l’attribution de ces logements aux familles nombreuses. Le Conseil central du HOM “ désigne alors un comité qui se rend sur place, rencontre les familles, s’assure de leur désir de rester au pays puis essaie de leur attribuer un logement ”. Les familles sont accompagnées jusqu’au bout du processus d’installation, puisque le comité chargé de la mise en œuvre du programme, après l’achat de la maison, “ la rénove et l’aménage ” avant d’en remettre les clés aux destinataires. Les biens sont choisis de manière à ce que la rénovation soit envisageable dans un délai court. Le coût de l’achat et de la rénovation d’une habitation s’élève à environ 50 000 dollars (43 000 euros). La France et la CBAF ont financé à ce jour 3 maisons grâce aux dons reçus.


“ Le Conseil central du HOM fournit les ressources financières nécessaires à l’acquisition des biens, souligne Maro Kéchichian. Toutes nos organisations au sein de la Diaspora et des communautés arméniennes soutiennent activement ce programme. Elles font des dons au Conseil central du HOM, qui nous les reverse ensuite. C’est un programme très généreux et très apprécié. Bien entendu, avec l’accord du Conseil central, nous nous efforcerons de le poursuivre. Nous mettrons autant de maisons que possible à disposition des habitants de l’Artsakh. Nous avons commencé par la région de Chirak, mais nous allons tenter, bien sûr, d’étendre le programme à d’autres provinces. ” Comme celle tant convoitée du Syunik, en mettant en œuvre prochainement un nouveau programme. “ Il ne s’agira pas nécessairement d’attribuer des maisons, confie Maro Kéchichian, mais nous souhaitons rendre le Syunik plus solide et faciliter la vie des Artsakhiotes qui s’y sont installés, afin qu’ils restent dans la patrie et ne partent pas à l’étranger. ”


15 000 Artsakhiotes


déjà partis à l’étranger


Le HOM noue des contacts quotidiens avec les familles de réfugiés artsakhiotes. “ On peut lire dans leurs yeux mélancolie et désespoir, mais ils sont toujours animés par une volonté inébranlable, portés par l’espoir de retourner en Artsakh et d’y revivre leurs jours de gloire passés ”, souligne Maro Kéchichian qui se penche, attendrie, sur son expérience de terrain. “ Je suis moi aussi très attachée à l’Artsakh. J’y ai vécu six mois avant le blocus, j’ai travaillé avec les jeunes du Homenetmen, j’ai appris à connaître les gens de mon entourage. Ce pays ne peut pas être livré à l’ennemi. C’est une république admirable, avec des terres fertiles et magnifiques qui, j’en suis certaine, nous seront rendues. Le peuple de l’Artsakh est véritablement déterminé. Bien sûr, certains sont gagnés par le découragement, surtout parmi les personnes âgées. Ils se demandent s’ils retourneront un jour dans leur pays. Mais nous les encourageons et ils gardent espoir. Nous sommes avec l’Artsakh. Il est à nous et le restera. ”


Arousyak Melkonian, la présidente du HOM, évoque le chemin parcouru en deux ans, depuis septembre 2023. “ Le cœur du HOM a saigné, mais nous n’avons jamais cédé au découragement. Au contraire, notre organisation a déployé tous ses efforts, a relevé tous les défis et a donné naissance au projet « Les Foyers de l’espoir ». Le résultat obtenu nous rappelle que l’effort et le travail collectifs permettent de concrétiser des projets paraissant impossibles à réaliser. ”


Ce projet innovant s’avère d’autant plus nécessaire qu’à ce jour, 15 000 Artsakhiotes ont quitté l’Arménie pour la Russie ou d’autres pays. Maintenir ces familles de réfugiés en Arménie relève d’une mission stratégique qui va bien au-delà de son caractère humanitaire, car il s’agit d’offrir des conditions de vie décentes, dans un environnement sain, à des réfugiés soucieux d’entretenir la perspective d’un retour en Artsakh.

Le HOM va donc poursuivre inlassablement sa mission, comme il le fait depuis 115 ans aux côtés du peuple arménien, dont l’histoire particulièrement tourmentée justifie pleinement l’existence de telles structures. Arousyak Melkonian résume ainsi la philosophie de l’organisation : “ Là où il y a un Arménien, il y a le HOM. ”


Vous pouvez participer

à l'opération "Foyers de l'espoir" en faisant un don
à la CBAF :

- par voie postale : CBAF, 17 rue Bleue - 75009 Paris

- en ligne : https://croixbleue-france.com/faire-un-don/

par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.