Iran-Arménie : le malaise

Par Varoujan MARDIKIAN

Route Trump, instauration par les Etats-Unis de droits de douane pour les pays commerçant avec l’Iran, manifestations à Erévan contre le régime de Téhéran : les relations entre l’Iran et l’Arménie se compliquent.

Le projet de Route Trump (TRIPP) fait désormais figure de pomme de discorde dans les relations entre Téhéran et Erévan. L’Iran, qui ne cache pas ses craintes depuis le 8 août dernier, semble avoir durci sa position. Recevant le 15 décembre Grigor Hakobian, l’ambassadeur arménien en Iran, Ali Akbar Velayati, proche conseiller de l’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême de la Révolution islamique, s’est prononcé ouvertement contre sa mise en œuvre : “ Ce prétendu plan Trump concernant le Caucase équivaut au Corridor du Zanguézour, et la République islamique s’y oppose catégoriquement. ” Il a ajouté que la TRIPP préparerait également le terrain à une présence militaire américaine ou de l’OTAN le long de la frontière arménienne avec l’Iran. “ L’expérience a montré que les Américains commencent par s’implanter dans les régions sensibles avec des projets en apparence économiques, mais que progressivement, leur présence s’étend à des dimensions militaires et sécuritaires ”, a-t-il déclaré, soulignant que toute présence américaine près de la frontière iranienne entraînerait des “ conséquences sécuritaires évidentes ”.

Selon Ali Akbar Velayati, ce scénario pourrait entraîner des risques graves “ pour la sécurité du nord de l’Iran et du sud de la Russie ”. Fin août dernier, déjà, il déclarait que l’Iran empêcherait l’ouverture du “ corridor américain ” à travers l’Arménie, “ avec ou sans la Russie ”. On relèvera que le diplomate iranien, au-delà de la fermeté de ses propos, s’exprime également, d’une certaine façon, « au nom » de la Russie, rompant ainsi avec les usages en matière diplomatique.
Si les propos virulents tenus à la fin août par Ali Akbar Velayati laissaient apparaître son irritation à l’égard de l’attitude attentiste de Moscou, son avertissement du 15 décembre, en revanche, renvoie un autre écho. Il intervient trois jours après la rencontre organisée à Achkhabad (Turkménistan) entre les présidents russe Vladimir Poutine et iranien Massoud Pezeshkian, qui ont évoqué les axes de communication Est-Ouest. A l’issue de cette rencontre, le ministère russe des Affaires étrangères s’est montré disposé à consulter Erévan sur les modalités de mise en œuvre de la TRIPP et une participation de la Russie, soulignant qu’“ il existe des motifs suffisants en ce sens ”.  

Et curieusement, le 16 décembre, quelques jours après ces discussions russo-iraniennes au plus haut niveau, la Russie s’est départie pour la première fois de sa prudence observée depuis le 8 août, en égrenant les motifs pour lesquels il serait inconcevable de mener à bien ce projet sans sa participation (lire l’encadré ci-contre). Comme si Téhéran et Moscou voulaient donner l’impression d’avoir peaufiné ensemble le timing d’une communication à deux voix.
En Iran, les protestations en cours ont démarré fin décembre 2025 sur fond d’effondrement monétaire et de crise du coût de la vie, puis ont pris une tournure ouvertement anti-régime. La répression est décrite comme très lourde. Si le décompte réel des victimes est extrêmement difficile à établir, conséquence du black-out quasi total, les quelques Iraniens ayant pu quitter le pays faisaient état de plusieurs dizaines de milliers de tués à la mi-janvier. Des sources évoquent même une stratégie d’“internet national” durable, ce qui complique la vérification et la coordination d’aide. Dans cet en fer, où en sont les Arméniens d’Iran ? Sont-ils exposés réellement, voire ciblés aussi par la répression ? 

Erévan s’emploie à rassurer Téhéran

Face à la montée de la colère iranienne, les responsables arméniens n’ont eu de cesse de se répandre en déclarations censées dissiper le malaise du voisin méridional. L’ambassadeur d’Arménie en Iran, Grigor Hakobian, a accordé un entretien à l’agence iranienne Tasnim, pour exhorter les dirigeants et la communauté des experts iraniens à ne pas utiliser le terme de « Corridor du Zanguézour », qui “ contredit la lettre et l’esprit ” des accords de Washington. “ Suite à la levée du blocus, l’Arménie sera reliée à l’Iran par voie ferrée via le territoire du Nakhitchevan. Ceci offrira à l’Iran une opportunité sans précédent d’établir une liaison ferroviaire directe avec la Géorgie, permettant ainsi d’accéder aux ports de la mer Noire. Il est également important que l’Arménie et les Etats-Unis disposent d’une droit de veto égal concernant l’implication d’un tiers dans le projet de Route Trump. Par conséquent, toute participation à ce programme ne peut se faire qu’avec l’accord d’Erévan et de Washington ”, a souligné Grigor Hakobian.   


Rouben Roubinian, vice-président du Parlement et émissaire spécial de Nikol Pachinian pour la normalisation des relations arméno-turques, s’est employé quant à lui à relativiser les propos d’Ali Akbar Velayati, préférant s’en tenir à la position de la diplomatie iranienne. “ Nous nous félicitons que le ministère iranien des Affaires étrangères ait déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait réellement aucun problème de corridor dans ce dossier et que les lignes rouges de l’Iran avaient également été prises en compte. ”


En septembre dernier, Mehdi Sobhani, alors ambassadeur d’Iran en Arménie, avait réitéré les craintes persistantes des dirigeants iraniens au sujet de la TRIPP, pointant le caractère imprécis des déclarations des autorités d’Erévan sur la question du maintien de la souveraineté arménienne. Au sujet des procédures de passage à mettre en place aux frontières arméniennes, Nikol Pachinian laissait entendre qu’il était envisageable de se passer de contrôles physiques à l’aide des technologies de pointe. Comme pour accéder aux exigences de Bakou, qui ne veut pas entendre parler de contact physique entre agents arméniens et marchandises et voyageurs azerbaïdjanais… Or cinq mois plus tard, l’ambiguïté sur la présence ou non de garde-frontières et de douaniers arméniens n’a toujours pas été levée.


Elle subsiste toujours, de surcroît, sur une présence américaine en matière de sécurité qui serait liée à la mise en œuvre de la TRIPP. Le nouvel ambassadeur iranien en Arménie, Khalil Chirgholami (1), a d’ailleurs exprimé de nouveau les réserves de son pays : “ Nous craignons que les Etats-Unis n’instrumentalisent ce projet [de TRIPP] dans le cadre de leur politique de sécurité. Nous avons fait part de cette préoccupation à nos partenaires arméniens. Ils nous ont assuré que l’Arménie ne deviendrait jamais une source de menace pour l’Iran. Nous continuons à suivre cette question de près. ”

Or l’on sait que le général de brigade Chris McKinney, directeur adjoint du partenariat et de la coopération en matière de sécurité au sein du Commandement militaire américain en Europe (EUCOM), s’est rendu le 10 décembre à Erévan. L’ambassade des Etats-Unis en Arménie a indiqué que ce déplacement visait à “ soutenir les conclusions du Sommet de la paix de la Maison-Blanche du 8 août ”. Elle a souligné que “ l’EUCOM travaille en étroite collaboration avec les ministères arméniens de l’Intérieur et de la Défense pour faire progresser les objectifs communs en faveur d’une paix durable, notamment une coopération renforcée en matière de défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire, et la poursuite des efforts de modernisation militaire ”.

Autrement dit, les multiples messages d’apaisement envoyés par Erévan auront du mal à convaincre Téhéran. En confiant aux Etats-Unis la tâche de débloquer les liaisons de transport entre le Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan via le Syunik arménien, l’Arménie opère un mouvement de bascule : quitter l’orbite exclusive de Moscou, l’allié régional de Téhéran, pour favoriser l’émergence des intérêts américains à l’échelle régionale, dans le cadre d’une politique de diversification pleinement assumée. Les relations entre l’Arménie et son voisin méridional, lequel milite pour l’exclusion de toute puissance extra-régionale dans la conduite du processus de paix, ne peuvent que s’en trouver affectées.


Menaces sur le partenariat arméno-iranien


D’autant qu’un facteur supplémentaire de poids, impliquant à nouveau les Etats-Unis, risque d’entraver le développement des relations arméno-iraniennes, à l’heure où les deux parties s’efforcent de les hisser à un niveau stratégique. Suite aux manifestations à grande échelle qui se poursuivent en Iran, le président américain Donald Trump a annoncé le 12 janvier l’instauration de droits de douane de 25 % à l’encontre de tous les pays commerçant avec l’Iran. Quand bien même on ignore à ce stade comment l’administration américaine compte mettre en œuvre ce décret, cela signifie que l’Arménie va devoir lui expliquer en quoi ses relations commerciales avec l’Iran sont d’une importance cruciale, sachant que la Turquie et l’Azerbaïdjan ont fermé leur frontière avec l’Arménie depuis plus de trois décennies.

L’Iran est le quatrième partenaire commercial de l’Arménie, derrière la Russie, la Chine et l’Union européenne. En 2024, le volume des échanges commerciaux entre l’Arménie et l’Iran avait atteint 740 millions de dollars, soit 630 millions de dollars d’importations de produits iraniens et 110 millions de dollars d’exportations arméniennes. L’Arménie importe majoritairement du fer, des produits pétroliers et du gaz. Depuis 2010, Erévan et Téhéran mettent en œuvre un programme d’échange de gaz contre de l’électricité, qui a contribué à stabiliser les prix de l’électricité en Arménie.


Et comme si cela ne suffisait pas, le malaise qui se cristallise dans les relations irano-arméniennes peut s’aggraver autour d’un autre dossier sensible. Téhéran, en effet, a vertement critiqué le 14 janvier le gouvernement arménien pour avoir autorisé depuis plusieurs jours des manifestations devant son ambassade à Erévan. Des dizaines d’Iraniens résidant en Arménie se rassemblent en effet pour condamner la répression sanglante menée par le régime de Téhéran contre une population qui exprime son mécontentement vis-à-vis du gouvernement. Certains manifestants, à Erévan, ont même appelé au renversement du régime iranien et au rétablissement de la monarchie.


“ Les autorités iraniennes s’inquiètent du fait que depuis six jours, entre 18 h et 21 h, un groupe de personnes soit autorisé à se rassembler devant l’ambassade d’Iran et à tenir des propos irrespectueux et offensants. Malgré nos protestations, ces agissements persistent ”, a déploré l’ambassadeur Khalil Chirgholami devant les médias. Et d’ajouter : “ Nous avons toujours soutenu le gouvernement arménien dans les moments les plus difficiles, et les exemples ne manquent pas. Nous sommes dans une situation difficile aujourd’hui, et ce qui se passe près de l’ambassade d’Iran en Arménie restera gravé dans la mémoire collective iranienne. A Téhéran, l’idée se répand que l’Arménie est en train de devenir un centre névralgique pour les forces hostiles à l’Iran. ”

Comment les autorités arméniennes, qui répètent à l’envi vouloir promouvoir la démocratie, pourraient-elles justifier une interdiction des rassemblements organisés par des ressortissants iraniens en colère contre la politique mise en œuvre dans leur pays ? En réponse à ces critiques virulentes, Nikol Pachinian a tenté de jouer l’apaisement : “ Comme vous le savez, aucun rassemblement n’a été interdit en Arménie depuis 2018, et nous ne pouvons traiter chaque cas différemment. Cela dit, nous convenons que ces formes d’expression ne doivent pas perturber le travail de l’ambassade d’Iran ni celle d’aucun autre pays. Nous suivons de près la situation et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour qu’aucun problème ne vienne entraver les activités de l’ambassade d’Iran, pays ami, et que les personnes qui enfreignent la loi soient poursuivies en justice. ” 


par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.