Copie de Le saviez vous :Les Arméniens en Chine suite au génocide de 1915
par Marie-Anne THIL
Pour échapper au Génocide perpétré par les Turcs dans l’Empire ottoman, quelques milliers d’Arméniens s’enfuirent dans le but de rejoindre les Etats-Unis. Pour s’y rendre, la seule voie possible était celle du Transsibérien jusqu’à la Mandchourie en Chine du Nord. La plupart d’entre eux y restèrent.
Un petit nombre d’Arméniens, probablement originaires de Russie, apparut en Mandchourie, lors de la construction de la ligne ferroviaire de l’Est chinois, entreprise par la Russie en 1898. Ce chemin de fer était appelé en russe : Kitayskaya Vostochnaya Zheleznaya Doroga (KVZHD). Ils travaillèrent sur ce chemin de fer sino-russe et s’installèrent à Manzhouli qui signifie « ville du lieu mandchou ». La ligne fut mise en service en 1903. Elle reliait plusieurs villes russes et desservait plusieurs villes mandchoues dont celle de Harbin (1) qui devint le foyer des Arméniens qui fuirent le Génocide.
Selon le maître de conférences à l’Université Columbia, Khatchig Mouradian, (2) “ quelques milliers d’Arméniens, arrivèrent dans la région fuyant le génocide perpétré en Turquie ottomane et les troubles du Caucase. Souvent, ceux qui empruntaient cette voie espéraient gagner les États-Unis. Pourtant, la plupart restèrent en Asie orientale pendant des années, voire des décennies, contribuant à bâtir des communautés prospères malgré les conflits, la guerre et l’occupation étrangère ”. Les Arméniens furent officiellement accueillis en Chine. “ La Chine accepta de les héberger et leur fournit logement, nourriture et lieux de culte. Après la capitulation turque, la plupart des Arméniens choisirent de rester en Chine, en raison de la crise persistante dans le Caucase ”. Khatchig Mouradian est l’un des rares chercheurs à s’être penché sur ce chapitre méconnu de l’histoire arménienne en Asie : “ Nombre de ces Arméniens ont conjugué leur réussite personnelle à un profond engagement communautaire ”, écrit-il. “ Malgré les conflits, la guerre et l’occupation étrangère qui ont marqué l’histoire de la Chine durant la première moitié du XXe siècle, ils ont bâti une église (à Harbin), des centres communautaires (à Harbin et à Shanghai) et créé des organisations humanitaires, des chorales, des écoles de langues et des associations féminines ”. Ces communautés constituèrent un havre essentiel pour les Arméniens : “ Pendant plusieurs décennies, des centaines de survivants du Génocide ont élu domicile en Chine, souligne également Mouradian, contribuant à l’édification de communautés qui ont fait rayonner le patrimoine et la culture arméniens à travers le monde ”.
La ville de Harbin, foyer principal des Arméniens
Le nombre d’Arméniens installé (environ 500) à Harbin principalement, consolida sa cohésion grâce à la mise en place d’une organisation : “ L’Organisation nationale arménienne (ANO) a été fondée en 1917 et ses statuts approuvés par les autorités locales en 1919. En 1923, l’ANO a construit sa propre église et à côté d’elle une salle sociale. Parce que la plupart des membres de la colonie arménienne vivaient à Harbin, qui avait la seule église arménienne en Chine, Harbin est devenu le centre des Arméniens en Chine ” (3). L’organisation anima la vie sociale (goûters, aides…), culturelle (cours de langue arménienne, représentations théâtrales…), et religieuse de la communauté. Les Arméniens ne furent pas les seuls immigrants à Harbin selon l’historienne Sabine Breuillard : “ Russes, Ukrainiens, Polonais, Lithuaniens, Lettons, Estoniens, Finlandais, Arméniens, Géorgiens, Tatars, Juifs, Japonais, Coréens, etc., plus de cinquante nationalités étrangères parlant quarante-cinq langues vinrent résider à Harbin, dans la zone extra-territoriale, le long du chemin de fer, ainsi qu’en d’autres endroits du Nord-Est chinois. Entre 1917 et 1920, Harbin fut inondée par les réfugiés venant de Russie : sa population russe passa de 34 200 en 1916 à 120 000 en 1922 ”.
Selon le site Internet (mentionné note 4) : “ Jusqu›en 1918, la ville de Harbin possédait une maison de prière arménienne dans le quartier de Noviy Gored. En 1918, la KVZHD, octroya à la colonie arménienne un terrain situé au 18, rue Sadovaya, à l’angle de la rue Liaoyang, où fut entreprise la construction de l’église arméno-grégorienne d’Extrême-Orient, dont l’achèvement dura plusieurs années ”. L’église commença à fonctionner officiellement en 1920. Elle fut enregistrée sous le nom d’église arméno-grégorienne de Harbin, à la mémoire de saint Grégoire l’Illuminateur, en 1925, par les autorités chinoises. Elle fut détruite lors de la Révolution culturelle de Mao à la fin des années 1960.
Les villes de Shangaï et de Hong-Kong
Deux autres villes furent aussi le point de chute des Arméniens après le Génocide : Shangaï et Hong-Kong. L’association humanitaire, Armenian Relief Society (ARS), créée dans les années 1920, fonda le Club arménien de Shangaï afin d’aider les personnes à s’installer et proposant un lieu de rencontres et d’échanges. “ Il n’existait pas d’église arménienne mais un appartement reconverti de deux étages assumait ce rôle. Beaucoup des réfugiés entrants furent autorisés à loger dans la deuxième maison et, le dimanche, la salle faisait également office de salle paroissiale, avec des cours hebdomadaires d›arménien. En 1937, la population arménienne à Shangaï s’élevait à 200 personnes ”.
A Hong-Kong, les Arméniens étaient déjà présents depuis le 19e siècle, principalement des marchands. “ Elle a constitué une plaque tournante du commerce arménien pour les Arméniens du monde entier, et une petite communauté y a toujours été implantée ”.
Le Génocide des Arméniens dans la presse
En Chine, la connaissance du Génocide était relayée par plusieurs journaux, anglais, chinois, japonais et russes : Le North China Herald (publié à Shangaï à partir de 1850) et qui publiait des articles concernant les étrangers en Chine, produisit des dizaines d’articles sur les massacres hamidiens (1894-1896), ceux d’Adana (1909), le Génocide (1915), comme ils parlaient des actions de soutien aux réfugiés arméniens et la communauté vivant à Harbin et Shangaï. Notamment, un article du 4 décembre 1915, intitulé « Massacres en Arménie. Atrocités horribles », rapportait les détails fournis par le vicomte Bryce, historien et homme politique, réputé pour son engagement dans le mouvement pro-arménien britannique. Il y relatait les massacres de Bitlis et de Moush et les noyades dans le Tigre, et un autre du 16 octobre 1915, intitulé : « Massacres atroces en Arménie. Noyade massive à Trébizonde ». Il présenta aussi un rapport, Le Livre bleu du gouvernement britannique concernant le traitement des Arméniens dans l’Empire ottoman (1915-1916) (5).
Suite à la prise de contrôle de la Chine par les communistes en 1949, la plupart des Arméniens la quittèrent. Ils émigrèrent en Arménie, aux États-Unis, en Australie et en Amérique du Sud.
Aujourd’hui, il existe une communauté arménienne très active en Chine, connue sous le nom de ChinaHay (6). Elle organise régulièrement des évènements à travers le pays. Environ 500 personnes vivent à Pékin, Shanghaï, Nankin, Guangzhou, Shenzhen et Hong Kong. En 2013, s’est ouvert à Hong Kong le centre, Maxian Hong Kong Armenian Centre. Il accueille des Arméniens de Chine et du monde entier, organise des événements, des conférences, des expositions…
En 2016, ChinaHay a organisé le 101e anniversaire du Génocide des Arméniens et des cérémonies se sont tenues à Pékin, Guangzhou, Hong Kong et Shangaï. En 2018, les relations existantes entre l’Arménie et la Chine ont permis l’ouverture d’une école arméno-chinoise. Elle a été inaugurée à Erevan et saluée par l’ambassadeur de Chine, Tian Erlong : “ Malgré la distance entre la Chine et l’Arménie, nos deux pays ont une histoire ancienne commune et une riche culture à partager ”.
Malgré ces paroles, la Chine n’a toujours pas reconnu le Génocide des Arméniens.
(1) Sabine Breuillard dans Invention de Harbin, aux Presses Universitaires de Rennes : “ Harbin, nœud ferroviaire sur le chemin de fer de la Chine de l’Est, fut russe et chinoise dès sa conception : elle fut une concession russe en territoire chinois, au même titre que les autres concessions étrangères en Chine telles que Hong Kong, Tianjin ou Shanghaï ”.
(2) Don’t Fall off the Earth: The Armenian Communities in China from the 1880s to the 1950s.
(3) in Asie de l’Est – Société d’aide aux orphelins arméniens (SOAR)
(4) Armenians in China | Notes of a Spurkahye Finally Come Home
(5) in Préface du vicomte Bryce
(6) Voir la page Facebook du groupe “ ChinaHay ”

par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.

En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.

Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.

Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։





