Alaverdi, entre mines et métallurgie, un territoire en déclin

Les lueurs de l’aube découpent les majestueux contours des derniers contreforts du Petit Caucase. Là-bas, à 70 kilomètres en aval d’Alaverdi, les eaux tumultueuses du Debed rejoindront la Koura, en Azerbaïdjan. Depuis notre appartement joliment aménagé au rez-de-chaussée d’une brezhnevka [Ndlr : immeuble construit sous l’ère de Brejnev], nous apercevons les sommets basaltiques des monts du Lori, dissimulés ça et là par des tuyaux de gaz et des voitures japonaises reconnaissables à l’emplacement du volant. Le Debed coule dans un canyon étroitement encaissé : de part et d’autre le surplombent des replats herbeux, témoins d’anciennes vallées glaciaires surcreusées par les torrents de montagnes. Sur ces terres fertiles suspendues se développèrent des communautés rurales et des monastères, comme Sanahin, joyau culturel des Bagratides du temps de l’Arménie médiévale. 

Alaverdi est une ville industrielle dont les heures de gloire remontent à l’ère des soviets. Les lieux, qui autrefois n’étaient qu’un village de montagne peuplé de Grecs et de Tatars, connurent dans la dernière décennie du XIXe siècle une véritable avancée industrielle sous les coups de baguette des bonnes fées de l’industrie française. La Compagnie Française des Mines d’Akhtala, puis la Société Industrielle et Métallurgique du Caucase rachetèrent trois concessions à proximité d’Alaverdi afin d’en exploiter les gisements polymétalliques. La découverte par les ingénieurs français de nombreuses richesses minérales, telles que de l’or, du cuivre ou de l’argent favorisa le développement de la métallurgie à Alaverdi, où on installa une fonderie. On y ouvrit trois mines : Alaverdi, Shamlugh et Akhtala, distantes de quelques kilomètres chacune. Le développement industriel du Caucase consécutif au bond en avant soviétique lui fut profitable. L’exploitation des gisements reprit après la révolution avec plus de ferveur, contribuant à l’agrandissement de la ville : on y construisit un hôpital, des écoles, un combinat métallurgique et même un téléphérique permettant de relier la ville dans le canyon au village de Sanahin, sur les hauteurs, en quelques minutes. Aujourd’hui, cette installation, rouillée et immobile, n’est plus que le lointain souvenir d’une époque faste, et seule la route qui serpente dans les montagnes, permet de lier les deux localités, pourtant voisines.

Nous sommes venus dans le nord de l’Arménie, Mila Despres et moi-même, dans le cadre d’un terrain de recherche sur la mise en valeur du territoire de l’Arménie par l’Empire russe. Etudiante en master de géographie à la faculté de Nancy, Mila dispose de connaissances géographiques et d’une sagesse qui sont de précieux alliés sur le terrain. Notre arrivée à Alaverdi est marquée par l’impression que nous laissait la profonde déprise industrielle de la ville. De la « capitale du cuivre » qu’était Alaverdi à l’époque soviétique, seule subsiste la fonderie qui a cessé de fonctionner en 2018. Le site semble à moitié abandonné ; par endroits, les anciens locaux du combinat industriel croulent désormais sous la ruine, dépourvus du mobilier le plus simple, et réduit à l’état de murailles fantômes. Nous déambulons entre ces blocs déserts où, parfois entre quelques fenêtres brisées, pend encore du linge, dernier signe d’une présence émiettée qui ne tardera pas, elle non plus, à disparaître. L’atmosphère est pesante et parfois nauséabonde : malgré la fermeture de l’usine, les gaz d’échappement et de chauffage saturent l’air que la basse pression et l’encaissement de la vallée peinent à dissiper. Devant nous, les locaux résidentiels disparaissent : l’usine apparaît clairement, et derrière ses murs indistincts s’érige lourdement une cheminée noirâtre. Elle a été ajustée il y a quelques années, pour évacuer les fumées toxiques loin d’Alaverdi. En vain. Jusqu’en 2018, l’usine, possession du groupe Vallex, produisait quelque 12 000 tonnes de cuivre noir, sur un site obsolète et polluant, largement dépassé par les normes contemporaines. Le taux anormalement élevé de dioxyde de soufre rejeté par le site (38 000 tonnes contre 5 600 tonnes maximum prévues) fut la raison de sa fermeture. Poumon économique de la ville, celle-ci tombe désormais dans la léthargie : entre 80% et 90% de la population y serait au chômage, survivant d’activités plus que précaires. Seule perle au milieu de la désolation apparente, un complexe hôtelier flambant neuf est apparu à proximité de l’usine : le Vallex Garden Hotel, appartenant au même groupe qui possède le combinat métallurgique. Volonté de créer de l’emploi et de redynamiser la ville ? La tentative est louable, d’autant que la route M6, l’une des trois seules à relier l’Arménie et la Géorgie, est un point de passage stratégique à travers le Caucase.

La tension est palpable sur le site. Alors que nous tentons de nous approcher de l’usine, dans laquelle circulent encore de petits groupes de travailleurs, un gardien s’approche de nous. L’accès est interdit, nous fait-il sèchement comprendre. Nous nous éloignons. Mila tente de prendre quelques photos tout de même, mais nous comprenons que nous ne sommes pas les bienvenus. Sentant la situation se tendre, nous préférons quitter les lieux. Le sujet du combinat métallurgique est délicat à Alaverdi : nombreuses sont les familles qui y travaillaient à avoir perdu leur emploi. Certains sont partis en Russie vers de meilleures perspectives. En taxi sur la route entre Alaverdi et Sanahin, je questionne notre chauffeur : “ L’usine fonctionne-t-elle encore ? Qu’advient-il du site ? ”. Ses réponses sont très évasives, il me répond que l’usine ne fonctionne plus, que les gens sont au chômage. Alaverdi se vide, il n’y a plus d’activité. La plupart évitent le sujet. Méfiance vis-à-vis de nous, peur des « saboteurs » ? Ou bien traumatisme lié à la fermeture de l’usine ? Ce phénomène est bien connu en Occident des historiens et des sociologues : les fermetures des mines et usines de Lorraine et du bassin du Nord ont provoqué de graves traumatismes parmi les populations et ont entraîné un grand mutisme. Il a fallu des décennies et au moins deux générations pour que la mémoire se libère et que l’héritage industriel soit mis en lumière. Les traumatismes collectifs sont longs à guérir.

Nous rentrons à l’hôtel.


Le lendemain, les nuages se sont dissipés. Nous nous rendons en autostop à Akhtala, située à13 kilomètres en aval.

Les lieux ont une tout autre figure : c’est ici qu’en 1887, la Compagnie française des mines d’Akhtala réinvestit de précédents chantiers proto-industriels dans la vague de la grande poussée métallurgique française au sein de l’Empire russe. Aujourd’hui, le site originel n’est plus exploité, hormis une place, en avant des galeries principales, qui sert de dépôt de stationnement aux véhicules miniers encore employés plus haut, sur le site de Shamlugh. Perché sur un éperon, le monastère d’Akhtala domine le paysage de sa stature. Derrière lui, un vallon tombe de la montagne au fond duquel s’écoule un ruisseau : celui-ci collectait les eaux d’exhaure des anciennes mines, et aujourd’hui encore, l’eau qui y coule porte une profusion de sédiments colorés, s’étalant sur un spectre allant du rouge au jaune : on y devine aisément les ions ferreux et cuivreux qui émanent de la montagne. Je réalise une rapide analyse minéralogique. Autour de nous, des haldes, ces crassiers constitués des stériles rejetés par les mineurs, s’appuient contre les parois de la montagne. Gravats déserts et abandonnés par la vie depuis 100 ans maintenant, ils réfléchissent au sol des teintes de violet, d’azur et d’orange : j’y découvre du sulfate de baryum, de l’oxyde de cuivre, ou encore de la galène. La toxicité des éléments chimiques contenus dans les roches en a empêché la végétation de se développer ; nous songeons au sélénium (Se), présent naturellement dans le gisement polymétallique d’Akhtala dont une faible concentration suffit à diminuer considérablement la biomasse. Je récolte quelques échantillons afin d’en faire des analyses plus poussées.

Des trois mines exploitées au début du XXème siècle par les métallurgistes français, seule Shamlugh est encore en exploitation. Possession de l’entreprise arménienne Metal Prince Ltd. Corporation, elle opère sur un gisement polymétallique majoritairement cuprifère très similaire au gîte d’Akhtala. Celle-ci, enregistrée sur l’île caribéenne de Saint-Christophe-et-Niévès, exploite le site de Shamlugh depuis le début des années 2000. Société opaque ne disposant pas de site internet, un certain nombre de ses parts de marché auraient été rachetées par la compagnie russe Nava-Rus sans que le détail des transactions ne soit disponible, selon le site internet Ecolur. L’opacité entourant l’exploitation minière de Shamlugh constitue un obstacle au développement économique de la région : Metal Prince Ltd. était l’un des fournisseurs de minerais du combinat métallurgique d’Alaverdi, détenu par le groupe Vallex et fermé pour cause de pollution importante. Ecolur attire l’attention sur la pollution causée par l’exploitation minière de Shamlugh et les difficultés de traçabilité des responsables. Notons que la dégradation des sols causée par l’exploitation minière il y a plus d’un siècle est encore largement visible sur le paysage ; la pollution des sols et des eaux de ruissellement par des éléments chimiques tels que le plomb, le cadmium ou le sélénium sont des enjeux environnementaux et de santé publique majeurs.

 A 8 kilomètres au sud-ouest d’Akhtala, la mine polymétallique de Teghut exploite principalement le cuivre et le molybdène. Ancienne possession du groupe Vallex, elle appartient désormais à la banque russe VTB qui en a repris les actifs suite à un prêt de 380 millions de dollars non remboursé par Vallex. Aujourd’hui, cependant, VTB ne trouve pas de repreneur et la mine est en activité partielle. Si le minerai extrait à Shamlugh et Teghut était traité au combinat métallurgique d’Alaverdi jusqu’en 2018, la fermeture de ce dernier contraint les mines à exporter la matière brute vers l’étranger. La même année, d’importantes fuites des bassins de décantations de Teghut ont forcé la mine à une fermeture temporaire. Elle ne s’en est réellement jamais remise. L’absence de chaîne locale de traitement des minerais affaiblit considérablement la valeur marchande des produits du secteur minier d’Alaverdi, et condamne la région à dépendre de la fluctuation des cours des matières premières et des entreprises métallurgiques étrangères, principalement russes et géorgiennes.

Poussés par le temps, nous ne pouvons rester longtemps sur le site d’Akhtala. Après quelques heures d’inspection, nous redescendons vers la M6 afin de rejoindre Tbilissi, notre destination suivante.


La conclusion de cette étape à Akhtala est morose. Nous avons pu constater que la déprise industrielle laisse la région dans un état tragique. La fermeture contrainte pour des raisons écologiques du combinat métallurgique et de la mine de Teghut en 2018, ont achevé l’effondrement d’un équilibre déjà fragile. Les emprunts effectués auprès de la banque russe VTB, non remboursés, ont eu pour effet la délocalisation du capital de l’entreprise et la perte de souveraineté industrielle du secteur minier d’Alaverdi. Le gisement polymétallique exploité depuis plusieurs siècles dans le canyon du Debed est encore riche, et l’exploitation pourrait reprendre, sous réserve de trouver un investisseur en mesure de fournir le capital nécessaire à une rénovation totale du combinat et du traitement des eaux des mines. Seule la reprise d’une activité minière et métallurgique respectueuse de l’environnement et de la santé publique pourrait revitaliser Alaverdi et ses environs, offrant une seconde chance à cette région pleine de potentiel. 

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Légende : photo de Mila Despres

Image 1: La fonderie de cuivre d'Alverdi, aujourd'hui à l'arrêt. Photo prise par Mila depuis un pont sur le Debed.

Image 2: Les haldes des mines d'Akhtala. En raison de la toxicité des éléments chimiques présents naturellement dans le gisment, celles-ci restent presque dénuées de végétation plus d'un siècle après la fin de l'exploitation.

Image 3: Moi-même, dans le vallon d'Akhtala, inspectant les sediments cuprifières déposés par le ruisseau. Le précipité jaune-orangé est problamenent lié à la présence d'ions Fe3+ dans les eaux, dû à la forte concentration de pyrites de fer et de chalcopyrites dans les roches.

par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.
par Dominique Goubatian 5 juillet 2026
En 2025, Alexandra Routhiau-Mikaelian produisait le documentaire, La Mémoire dans les veines, retraçant son émouvant voyage en Turquie, sur les traces de son arrière-grand-mère et de sa famille. Cette année, son nouveau documentaire, Les Grains éparpillés de la grenade , aborde l’installation en France et en Europe des Arméniens rescapés du Génocide.
par KHAJAG SASSOUNTSI 4 juillet 2026
La 7 e édition du Tournoi Foot à 7 Souren Mouradian, s’est tenue les 23 et 24 mai à Issy-lès-Moulineaux, organisée par Homenetmen France. Un rendez-vous devenu incontournable pour la jeunesse arménienne de France.
par DOMINIQUE GOUBATIAN 3 juillet 2026
Principal du collège Gambetta à Saint-Etienne, à 51 ans Mourad Chikh s’apprête à écrire une nouvelle page de sa carrière dans l’Education nationale. A partir du 2 septembre, il dirigera le lycée français Anatole France, à Erevan. Rencontre.
par NATACHA ZORTIAN 1 juillet 2026
Malgré la baisse des effectifs qui touche le monde associatif, la Croix Bleue des Arméniens de France (CBAF) peut se targuer de compter des centaines de membres actifs qui mènent sans relâche les programmes et actions de cette organisation bientôt centenaire. Mais force est de constater que le bénévolat se transforme avec l’époque et avec les nouvelles générations et les associations comme la CBAF doivent aujourd’hui proposer de nouvelles approches pour fidéliser les bonnes volontés.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) salue la décision historique de l’État d’Israël de reconnaître officiellement le génocide des Arméniens de 1915.
par COMMUNIQUE 29 juin 2026
Commnuniqué du CDCA Génocide arménien par l’État d’Israël, une reconnaissance bienvenue mais dont le fondement interpelle 
par Harout MARDIROSSIAN 29 juin 2026
Notre éditorial en arménien Oriental Merci à Noubar Seropyan pour la traduction. Հայաստանի քաղաքացիները քվեարկեցին։ Արդյունքն ակնհայտ է։ Կենտրոնական ընտրական հանձնաժողովի կողմից հաստատված արդյունքների համաձայն՝ Նիկոլ Փաշինյանը, ստանալով ձայների 49,75 %-ը, ապահովել է 3/5 մեծամասնություն, սակայն չի ստացել այն սահմանադրական մեծամասնությունը, որի վրա հույս էր դրել։ Ավելին, նա նույնիսկ նահանջել է նախորդ գումարման համեմատ։
par Harout MARDIROSSIAN 27 juin 2026
Les citoyens Arméniens ont voté. Le résultat est clair. Dans les résultats validés par la commission centrale electorale, Nikol Pachinian avec 49,75% des voix obtient une majorité des 3/5 mais pas la majorité constitutionnelle qu’il attendait et recule meme par rapport à la précédente mandature.